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Marcio Faraco : les arbres musiciens du Brésil et de France

Par
Ralph Boncy

D’abord, une précision utile sur le titre. Le nom « caju-eiro » désigne bien un arbre, l’anacardier, qui produit la noix de cajou –appelée plutôt « cachou » au Québec. Comme on le voit sur la pochette, Marcio Faraco, le poète et guitariste, vénère les arbres.

Autre hommage au règne végétal, la chanson Catalpa. « L’arbre se replie sur lui-même comme sous l’effet d’une énorme douleur », chante dans un parfait français le musicien-botaniste. Remplie d’humour et d’empathie, cette description délicate d’un spécimen de catalpa qu’il dit avoir observé dans le jardin du Luxembourg nous entraîne loin, très loin de Joe Dassin…

Le botaniste et l’enjôleur

Dans l’univers réaliste et enjôleur de Marcio, tout est à la fois doux et groovy. Guitares aux cordes de nylon, quavaquinha et accordéon, xylophone et percussions légères orchestrées par son fidèle partenaire bahianais Ze Luis Nascimento, à qui se joignent deux autres compatriotes qui ont, eux aussi, le sens inné de l’efficacité et de l’économie. Tout est heureux, organique, acoustique et à la bonne vitesse. Pas de langueur inutile, mais beaucoup de justesse et de goût dans ce dépouillement volontaire.

Même s’il écrit parfois des chansons graves (on se souviendra de L’échelle de la douleur, sur son premier disque en France, Ciranda, reprise plus tard par notre Bïa nationale sur l’album Cœur vagabond), Faraco possède un esprit caustique et s’amuse manifestement. Et si c’est une chose de savoir écrire, c’en est une autre de pouvoir rythmer les mots et cadencer les phonèmes en douceur comme il le fait si bien.

Paris-Rio-Paris

Paris, où il réside à mi-temps, donne son nom à une chanson à moitié manouche. Elle y est décrite, sur un petit air de java, comme une maîtresse cruelle qu’on quitterait chaque hiver. Car l’auteur, qui a vécu un temps dans le midi de la France, mais aussi à Brasilia et à Rio, retourne fréquemment dans son pays natal, question d’inspiration et d’équilibre.

Il y va de même pour ses enregistrements, qui se font des deux côtés de l’Atlantique avec, comme ici, les influences des deux nationalités : Laurent Vernerey, le bassiste le plus demandé en France ces dernières années, et le pianiste Philippe Baden Powell, à la fois fils légitime de Robert Baden Powell, héritier discret de l’afro samba et auteur d’un fort bel album hors des sentiers battus : Dirt road.

Faraco, qui a travaillé avec des sommités comme Chico Buarque, Wagner Tiso et Milton Nascimento, se suffit désormais à lui-même comme il suffit à son art; un art où tout semble facile d’ailleurs.

Marcio fait vraiment du beau ou, comme le dirait Henri Salvador : « Il fait du chouette! »