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Somi : bienvenue au Nigéria

Par
Ralph Boncy

Ça commence à l’aéroport. On entend le douanier, moitié sceptique, moitié dragueur, qui déballe ses questions indiscrètes en examinant le passeport américain de la belle. Car Somi, à moitié Rwandaise, à moitié Burundaise, est née aux États-Unis, précisément dans l’Illinois. Même si elle a vécu une partie de son enfance en Zambie (son père était en poste là-bas pour l’Organisation mondiale de la santé) la jeune anthropologue et musicienne qu’elle est devenue se devait de retourner sur le continent noir pour une nouvelle immersion initiatique, un électrochoc créatif à chaud.

Lagos : 21 millions d’âmes

Dans la marmite épicée : juju et afrobeat, soul et jazz, R’n’B et lounge, la musique multiforme nous entraîne dans un tourbillon de sensations nouvelles sans jamais que l’on puisse prévoir la prochaine étape, la prochaine plage. Moderne et branché, mais nourri au vieux funk afro, truffé d’extraits sonores de la rue et de mots d’enfants qui nous restituent l’ambiance de la ville pieuvre, The Lagos music salon prend aussi, et ce n’est pas sa moindre qualité, la défense des femmes africaines : Lady cite Fela Kuti,Two- dollar day rappelle Pearls de Sade Adu et Four african women, empruntée à Nina Simone, est transfigurée.

La qualité des invités réunis ici en dit long, elle aussi, sur les intentions de la belle Somi : la Béninoise Angélique Kidjo, toujours fougueuse, Common, le rappeur adulé, Ambrose Akinmusire, le trompettiste jazz le plus doué de sa génération, et In His Image, un chœur gospel a cappella de la capitale, formé, dit-on, sous un manguier.

Que la plus grande ville d’Afrique ait servi de creuset à ce magnifique ouvrage essentiellement féminin redonne un peu de grâce et d’humanité à une nation constamment décriée dans l’actualité pour sa pauvreté endémique, sa corruption policière et la violence insupportable de ses conflits ethniques et religieux.

Merci, Somi, de nous faire connaître avec tant d’intelligence un autre visage du Nigéria.