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Jane Bunnett et Maqueque : le jazz afro-cubain au féminin

Par
Ralph Boncy

Impossible de calculer le nombre d’aller-retour Toronto-La Havane effectués par Jane Bunnett et son mari, le trompettiste Larry Cramer, au cours des 30 dernières années! Après toute une collection d’albums réalisés avec leur formation mixte dénommée Spirits of Havana (une bonne douzaine depuis 1992) ainsi que plusieurs enregistrements avec les maîtres du piano cubain, leurs dernières visites ont été consacrées au recrutement de jeunes musiciennes. Toutes sélectionnées en fonction de leur talent formel mais surtout sur les critères d’une bonne relève : énergie bouillonnante, créativité débridée, potentiel d’avenir, les têtes souriantes de ce nouveau sextette ont livré la marchandise là-bas, au studio Abdala. Le résultat est jubilatoire!


Le goût des jeunes filles


Maqueque (prononcer « Mé-ké-ké ») est un terme de la langue yoruba qui désigne l’énergie et l’esprit des jeunes femmes. L’île au soleil que les agences de voyages désignent comme « l’authentique » regorge de talents, on le sait. Mais des filles comme la chanteuse Daymé Arocena, ou la remarquable pianiste Danaé Olano, dénuées de complexe et pleines de fougue, incarnent parfaitement l’émancipation méconnue des femmes musiciennes et leur vitalité nouvelle.


De retour au Canada, Bunnett et Cramer ont fait appel à un vieux complice, Hilario Duran, pour des arrangements de cordes. Exécutés par un quatuor qui ne ressemble en rien à de la musique de chambre de l’âge baroque, ces ajouts accentuent l’exubérance de l’ensemble. Ainsi, dès le morceau d’ouverture Papineau, on plonge dans le world jazz à la fois lyrique et mystique, urbain et polyphonique, où les voix éclatantes croisent le sax soprano souverain.

Dans la pièce suivante Maqueque, la flûte manière Donald Byrd, souligne le côté soul afro américain. Puis le vamp salsa et le piano impérial nous amènent dans une descarga latine ascendante ponctuée par un délire vocal. Par contre, dans Ain’t no sunshine de Bill Whiters (l’unique reprise de l’album), c’est une longue intro dépouillée avec un tres (guitare à 3 cordes doubles, typiquement cubaine) jouée par Yusa et des tambours batas., tenus par la percussionniste Magdelis Savigne.


Quatre fois gagnante de prix Juno –la dernière fois en 2006 pour le meilleur album jazz au Canada- et deux fois nommée aux Grammys américains, Bunnett, 58 ans, risque de faire encore parler d’elle avec cette nouvelle réalisation enflammée et le début imminent de sa tournée américaine (une première dizaine de dates en août et septembre). Pour vous en convaincre, regardez ces images du groupe propulsé par l'excellente Yissy Garcia à la batterie.