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Des patriotes et des partitions pour une grande finale.

Par
Ralph Boncy

La réponse est simple : à Berlin comme en Bavière, la chanson la plus populaire dans les radios et sur toutes les plateformes numériques est une prière sur un accord de do (Prayer in C) interprétée par le duo électroalternatif français Lilly Woods & The Prick, avec comme invité Robin Schulz, un artiste « remixeur » local. Un tube d’été comme les autres, avec un clip tourné à Paris, mais qui restera dans les mémoires si la Mannschaft gagne ce dimanche son quatrième trophée.

En Argentine, par contre, la rengaine que l’on écoute en boucle et que l’on chante à tue-tête à tous les coins de rue, dans toutes les tavernes et sur tous les balcons, c’est un vieux rock de Creedence Clearwater Revival, le ténébreux Bad moon rising, qui date de 1969! Et son compositeur John Fogerty – qui n’en touche pas un radis – en est le premier surpris.

Ce qu’il faut savoir, c’est que les Argentins, s’ils sont de furieux fans de foot depuis bientôt deux siècles, sont tous aussi de grands amateurs de rock. Les hinchas de là-bas (c’est ainsi qu’on appelle les supporters locaux, l’équivalant des tifosis pour l’Italie ou des hooligans du Royaume-Uni) ont donc trouvé tout naturel d’utiliser une mélodie de CCR pour en faire un chant de guerre devant les clubs rivaux de Buenos Aires, de San Lorenzo à River Plate en passant par Boca Junior. Mais c’est la plus récente version a cappella qui est vraiment devenue virale, gracieuseté du web.

Débarqués à Rio en touristes il y a moins d’un mois, quelques copains se sont mis ensemble pour modifier le texte de la fameuse chanson, déjà joyeusement menaçante, question de narguer encore plus leurs hôtes brésiliens. Lors d’un rassemblement sur la plage de Copacabana le 14 juin, la veille du premier match de l’Argentine contre la Bosnie, ces joyeux lurons, tous des professionnels (dont certains en marketing), ont distribué 400 feuilles volantes aux partisans, qui ont appris par cœur la nouvelle prose de combat les orteils dans le sable.

Et que dit le nouvel hymne national?
« Brazil, decime que se siente. » Brésil, dis-moi, comment tu te sens d’avoir papa sous ton toit? Tu vas voir, Messi. La coupe est pour nous. Maradona est plus grand que Pelé.

Espièglerie, provocation, arrogance pure ou insulte suprême? Seule l’issue du match de dimanche va décider si le succès de cette chanson de pleine lune sera éphémère, historique ou…éternel.