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The Indian Queen : le "Couronnement" du Printemps royal de Place à l'opéra: un moment d'intense émotion

Par
Sylvia L'Écuyer

Currentzis a été le principal chef de l'opéra de Novosibirsk, la plus grande ville de Sibérie, avant de fonder son propre ensemble vocal et instrumental, Musica Aeterna, et de prendre la direction de la maison d'opéra et de ballet de Perm, un grand centre industriel au pied des monts Oural à une journée de train à l'est de Moscou.

Ma fascination pour ce musicien d'exception a commencé à l'écoute de son enregistrement du Requiem de Mozart, qui m'a littéralement pétrifiée. Une pureté de son d'une eau cristalline, une rigueur absolue dans l'unité des voix et des instruments et en même temps un vent de liberté presque sauvage. Certains commentateurs ont crié au génie, d'autres ont parlé de folie. Mais en affirmant avec audace et une certaine arrogance sa mission de "sauver la musique classique", l'ermite de Perm ne laisse personne indifférent. Répétant en quasi autarcie dans son théâtre, à un rythme de travail qui rappelle la vie monastique, il continue d'explorer le répertoire mozartien et la compagnie SONY lui a confié l'enregistrement de la trilogie des opéra Mozart-Da Ponte, entièrement réalié à La Scala mais avec les troupes de Perm. 

J'ai choisi une de ses plus récentes productions pour couronner le Printemps des Rois à Place à l'opéra cette semaine, The Indian Queen.  L'enregistrement a été réalisé l'automne dernier au Teatro Real de Madrid (une co-production avec the English National Opera) et la mise en scène confiée à Peter Sellars.  Pouquoi insister sur la mise en scène puisque l'opéra est présenté à la radio? C'est que Sellars, en grand homme de théâtre, a transformé l'opéra en un immense fresque, incorporant des extraits d'un roman de l'écivaine nicaraguaienne Rosario Aguilar, de nouveaux textes d'auteurs contemporains de Purcell, comme Katherine Philips et George Herbert , et des hymes et mélodies de Purcell, parfois bien connus ou plus obscurs. Le résultat est un tableau bouleversant qui s'ouvre sur une évocation de la création du monde tels que vu par la civilisation Maya jusqu'au choc de la rencontre entre sa civilisation avec les conquistadors espagnols, l'un d'entre eux étant Don Pedro de Alvarado, qui a participé à la conquête de l'Empire Aztèque avant d'aller vaincre les Incas. Malgré les incongruités historiques et le collage littéraire et musical réalisé par les interprètes, le résultat est splendide et tient à mon avis à la suprême maîtrise musicale des interprètes sous la direction d'un goût impeccable de ce jeune chef.