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Hommage à Franz-Paul Decker

Par
Françoise Davoine

De la Nouvelle-Zélande à l’Ouest canadien, en passant par la Catalogne et l’Amérique du Sud, cet immense chef a œuvré pendant près de 70 ans sur tous les continents, tant sur l’estrade que dans la fosse. Cet héritier de la grande tradition allemande avait rencontré Richard Strauss en 1948, imaginez-vous! Il en parlait volontiers, et toujours avec émotion.

Sa contribution a été d’une importance capitale pour la musique d’un bout à l’autre du Canada. C’est d’ailleurs avec l’Orchestre des jeunes du Canada qu’il a fait ses débuts nord-américains, il y a près de 50 ans. On se souviendra notamment de lui comme directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal pendant 9 ans, comme conseiller artistique de l’Orchestre philharmonique de Calgary et de l’Orchestre symphonique de Winnipeg ou comme premier chef invité de l’Orchestre du Centre national des Arts.

Homme d’une vaste culture, chef au tempérament de feu, à la fois exigeant et généreux, Franz-Paul Decker était toujours heureux de partager au micro ses réflexions sur la musique et sur la vie. Au fil des ans, mes rencontres avec lui pour les entractes des concerts que j’animais alors, étaient devenues incontournables et toujours plus longues que prévu! Écoutez-le ici, en novembre 1998, commenter l’arrivée d’Internet dans le monde :

 

Que de souvenirs me viennent à l’esprit! Son amour de la beauté et la profondeur de sa quête artistique, son respect immense pour les grands solistes qu’il accompagnait ou encore… son faible pour le chocolat noir, résultat de privations pendant la Seconde Guerre mondiale!

Surtout, que de concerts mémorables avec l’OSM! Tristan et Isolde de Wagner avec Jon Vickers quand j’étais étudiante, et plus tard, en direct à la radio, le Concerto pour violon de Sibelius avec Ida Haendel, le Concerto « À la mémoire d’un ange » de Berg avec Chantal Juillet, une cantate d’Elgar avec Marie-Nicole Lemieux, la Suite du Chevalier à la rose de Richard Strauss, également Mozart, Bruckner, la liste est longue…

« Bruckner savait ouvrir les portes du paradis, n’est-ce pas? »

Franz-Paul Decker

Mais le moment le plus intense, celui qui restera à jamais gravé dans mon cœur, c’est un bref instant, après la Symphonie no 9 de Bruckner, œuvre inachevée qui se termine par un lent et puissant « adieu à la vie » comme disait Bruckner lui-même. Tous les musiciens et le public étaient bouleversés; quelque chose de magique s’était produit. Je tiens à aller saluer le maestro dans sa loge, je le serre fort pour le remercier du fond du cœur, et, la larme à l’œil, il laisse tomber : « Bruckner savait ouvrir les portes du paradis, n’est-ce pas? » Encore fallait-il un chef qui nous en donne la clef!