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Juliette Gréco, de notre première rencontre à aujourd'hui...

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Monique Giroux

Depuis 1991, j’ai réalisé une quantité astronomique d’entrevues. Je n’en ai jamais fait le compte, mais il y en a bien quelques milliers, certaines plus réussies que d’autres.Parmi elle, une bonne quinzaine d’heures avec la grande Juliette Gréco.

Nos premiers échanges eurent lieu à la fin des années 90. Elle était à Paris, et moi, à Montréal. Dans le jargon du métier, on appelle ça faire un duplex. Chacune dans son studio, on ne se voit pas, mais on s’entend comme si on était face à face. Un confessionnal en quelque sorte. Ce genre d’entrevue nécessite une grande concentration, une grande écoute pour parvenir à distinguer la fin d’une phrase d’un silence réfléchi. Certains de mes collègues détestent cet exercice. Je prétends au contraire qu’il nous permet d’aller plus loin, d’être encore plus vrai.

J’avais dû préparer cette première entrevue avec le mythe Gréco pendant une bonne semaine. Et, si je me souviens, n’en avoir pas dormi de la nuit. Elle était mon Himalaya.

Dans un livre d’or, qui dormait d’ailleurs dans notre bureau de Paris, Juliette Gréco avait écrit : « J’ai eu plaisir à l’entendre, il ne me reste qu’à la voir… » Elle parlait de moi. Eh boy!!!! J’existais, débutante balbutiante de la radio, pour un monstre comme elle, qui ne l’était pas, j’avais bien remarqué.

Quelques mois plus tard, je la recevais en studio à Montréal. Depuis, on n’est jamais bien loin l’une de l’autre. Chaque fois qu’on me demande de parler de mes plus grands moments de radio, de mes plus belles rencontres, je cite Gréco et Dufresne, Nana Mouskouri et Jane Birkin, et tant d’autres, mais c’est Gréco qui surgit la première.

Pour sa liberté, sa franchise, son intelligente sensibilité, pour sa manière de dire non et sa façon de dire oui, pour son éternelle jeunesse et son inestimable sagesse, pour sa faim de rébellion et sa soif de tendresse, pour ses généreuses attentions, pour elle tout simplement.

Il est de ces personnages comme ça qu’on se sent privilégié de croiser sur son chemin de vie. Bien au-delà du mythe, c’est une femme que je connais, une femme qui a beaucoup vécu, qui vit toujours, qui aime, qui déteste, qui a peur, qui se rebelle, mais qui espère. Une femme qui chante et qui vit pour donner.

Elle nous offre un disque intitulé Gréco chante Brel et sera en spectacle dans le cadre du festival Montréal en lumière, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, le 1er mars 2014.