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Hommage à l'organiste Claude Lavoie

Par
Claudia Beaumont

Comme le rappelait récemment Claude Gingras dans La Presse, « Claude Lavoie fut organiste titulaire des Saints-Martyrs-Canadiens, de Québec, de 1958 à 1983. Né à Rivière-du-Loup en 1918, il remporta le Prix d'Europe en 1942 et étudia avec Nadia Boulanger, E. Power Biggs, André Marchal et Gaston Litaize. Il eut de nombreux élèves et créa à Québec un concours d'orgue qui porte son nom. »

Claude Lavoie est certainement l’un des pères de l’école d’orgue contemporaine du Québec. Il a joué un rôle aussi important à Québec que celui joué à Montréal par Bernard Lagacé ou Raymond Daveluy.

Ses élèves l’ont toujours décrit comme un homme humble, chaleureux, près des jeunes. Ses programmes de récitals s’adressaient au grand public. Son jeu était intelligent et vivant, et son oreille était d’une grande finesse. Il improvisait avec habileté et il a laissé des harmonisations pour chœur et des chants liturgiques aux harmonies judicieuses et très musicales – on a l’impression que l’on ne pourrait pas y changer une seule note!

Après l’un de ses premiers récitals donnés à Québec, l’organiste montréalais Bernard Lagacé s’était montré très insatisfait de lui-même : « Je ne sais pas ce que j’avais… j’ai été mauvais ce soir! ». Durant cette soirée, Claude Lavoie s’est approché discrètement de lui : « Tu ne devrais jamais te dénigrer en public comme ça, Bernard. D’abord ça ne donne rien. Il peut y avoir quelqu’un dans le public qui ait bien apprécié ce que tu as fait et de t’entendre parler de la sorte pourrait le décevoir. Après avoir donné un récital, parfois nous sommes contents, d’autres fois moins, mais je crois qu’un certain professionnalisme nous oblige à ne pas manifester ces sentiments en public. » Bernard Lagacé aimait bien raconter cette anecdote à des élèves déçus de leur propre performance.

Pour ma part, à une certaine époque de mes études (années 1980), j’étais très en réaction à la rythmique libre et parfois fluctuante de l’un de mes professeurs. En conséquence, durant cette période, mes exécutions étaient droites et sans doute exagérément rigides. Après ma prestation au Concours du Prix d’Europe, qui se tenait à Québec cette année-là, Claude Lavoie est venu vers moi et avec beaucoup de tact et de discrétion et m’a dit : « Tu as un jeu vigoureux, propre… mais parfois, il y a des notes plus expressives que d’autres dans un morceau, en particulier quand elles sont aiguës. Alors, c’est très bien de souligner ces sommets mélodiques par un petit ralentissement et d’appuyer ces notes un peu [il avait un joli geste de la main comme s’il flattait cette note]… comme si on chantait! »

À Québec, son nom est évoqué avec un immense respect par ses élèves; Antoine Bouchard, Sylvain Doyon, Noëlla Genest, Jeanine Bégin, Denis Bédard, Dom Richard Gagné, Richard Paré, Jacques Montgrain, Robert Patrick Girard et bien d’autres... Et on mesurera la portée de son rayonnement en considérant que plusieurs de ses élèves ont eux-mêmes occupé des postes d’enseignement importants au Québec, formant à leur tour d’autres générations d’organistes. Un grand-père donc… Surtout si l’on tient compte de sa générosité qui l’a amené à mettre sur pieds un concours national d’exécution via la Fondation Claude-Lavoie.

Marc-André Doran

Photo : Fondation Claude-Lavoie