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Weinberg : la musique en noir et blanc d’un rescapé des camps

Par
Frédéric Cardin

La musique sur cet album est magnifique, mais elle est surtout la résonance poignante d’un parcours de vie exceptionnel. À travers lui, c’est le 20e siècle en entier dans tous ses contrastes qui s’exprime.

Luxuriance de gris

Kremer et son ensemble jouent la musique du Russe Weinberg avec passion et lui rendent toute sa superbe. Celle-ci s’avère d’ailleurs complexe à exécuter:l’univers de Weinberg se décline en une multitude de dégradés de gris, qui oscillent constamment entre l’ombre et la lumière. Mais ce jeu de teintes est si bien dessiné, les émotions véhiculées si sincères, si profondément humaines, bien qu’austères et toujours baignées d’un spleen viscéral, qu’on est littéralement précipité dans un kaléidoscope d’effets sensibles.

Gidon Kremer joue une autre œuvre de Weinberg, non présente sur l’album, le 3e mouvement de la Sinfonietta no. 2 :

Un film en noir et blanc

Ce disque est comme un film en noir et blanc pour les oreilles, mais le plus beau film qui soit, capable d’exprimer plus de subtilités que n’importe quelle production en couleurs 3D-HD-Imax-machin-truc. Vous voyez ce que je veux dire? La Sonate pour violon solo op.126, en particulier, est selon moi l’un des grands chefs-d’œuvre du dernier siècle. Malgré son anonymat actuel, la ferveur de Kremer la rend désormais incontournable.

Comme Chostakovich

Si vous aimez la musique de Dmitri Chostakovich, vous adorerez celle de Weinberg. Elle lui ressemble beaucoup, mais ne tombe pas dans la banale imitation. C’est tout simplement une musique de son temps, celui des camps et de l’injustice, mais aussi celui de la résilience, celui d’une humanité compatissante malgré tout, et celui de l’affirmation de l’art comme principal vecteur de Beauté dans un monde tragique. En fin de compte, cette splendide musique est aussi celle d’un inébranlable espoir.