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L’oratorio de Noël de Bach du Bachchor Mainz : excellent, respectueux et incarné

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Par
Nathan LeLièvre

Le directeur du Bachchor Mainz (de Mayence, en allemand), Ralf Otto, a bâti une bonne part de sa renommée sur le respect des traditions. Au fait, l’exploration des méthodes anciennes fait partie intégrante de sa démarche. Ainsi, on sent dans Weihnachtsoratorium tout le respect pour l’œuvre et son compositeur. Le Bachchor et le Bachorchester de Mayence sont donc bien loin de ternir leur réputation d’excellence avec cet enregistrement.

Structurellement, Bach a divisé l’oratorio en six parties : la naissance de Jésus, l’annonce aux bergers, le voyage des bergers, la circoncision et le choix du nom de Jésus, le périple des Rois mages et l’adoration par ces souverains. La narration calque son récit sur l’évangile selon saint Luc. Musicalement, c’est du Bach si fidèle à lui-même qu’on reconnaît quelques motifs çà et là venant des oratorios de la Passion ou encore de chants profanes, mais il se fait plus lumineux que, par exemple, dans sa Johannespassion.

Va pour la structure et son contenu. Maintenant, ce qui nous intéresse dans l'énième reprise d’une œuvre plusieurs fois centenaire (les premières représentations ont été données dans les années 1730), c’est ce qu’en font les interprètes. Du Bach, ça relève souvent de l’acrobatie musicale. Encore faut-il donner un sens à ces prouesses, les investir d’un sentiment. Et c’est ce que réussissent Ralf Otto et ses troupes, judicieusement et sans sacrifier la précision.

Ainsi, Georg Poplutz nous épate avec ses vocalises énergiques et affirmées, notamment dans Frohe Hirten eilt ach eilet. Julia Kleiter, soprano rond et tonique, surprend avec son aisance dans les graves dans Flößt mein Heiland. Les voix graves sont tout autant étonnantes : elles se font légères et lumineuses. L’alto Katharina Magiera nous époustoufle avec son souffle et sa musicalité sur Schlafe mein Liebster. Quant à la basse, Thomas E. Bauer, on sent qu’il chante pratiquement sans effort, comme s’il n’avait rien à faire pour projeter, tant dans la solennité que dans la tendresse. On aurait seulement souhaité une prise de son qui aurait fait ressortir davantage les voix des solistes.

Le chœur et l’orchestre également relèvent d’immenses défis. Le chœur est pointilleux de réjouissance dans Jauchzet frohlocket, Herrscher des Himmels, Ehre sei Gott in der Höhe et Ehre sei dir Gott gesungen, entre autres. Pas évident, en polyphonie, de bien mettre en relief des lignes aussi frénétiques. Si on ne fait pas attention, ça devient vite vaseux. Mais les vocalises collectives sont bien découpées, et les passages moins mouvementés sont bien phrasés. Qui plus est, aucune voix ne perce. La marque de l’excellence. Le Bachorchester de Mayence, lui, sait laisser la place aux solistes, mais sait aussi prendre toute celle qui lui revient sur l’instrumentale Sinfonia ou encore sur Herr wenn die stolzen Feinde, même en présence des voix.

En somme, dosage, nuances, précision et émotion sont au rendez-vous dans un noël sacré que ses interprètes s’assurent d’habiter d’une conscience de la parole. Ce ne sont pas que des techniciens. Le Bacchor et le Bachorchester de Mayence, sous la baguette de Ralf Otto, ce sont des musiciens, des instrumentistes et un chef qui racontent une histoire en ne mettant jamais de côté la virtuosité.

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