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Jean-Philippe Sylvestre joue André Mathieu : entre émerveillement et tendresse

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Frédéric Cardin

André Mathieu et Sergei Rachmaninov forment un match parfait en termes d’union stylistique dans un concert ou sur un album! Et c’est assurément le cas de Mathieu/Rachmaninov: Concerto no 4 en mi mineur et Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43, du pianiste Jean-Philippe Sylvestre accompagné de l’Orchestre métropolitain dirigé par Alain Trudel. L’enregistrement révèle un jeune pianiste au sommet de son art et une phalange métropolitaine capable du meilleur même sans son chef habituel.

La force du souffle narratif, la primauté de la mélodie, l’ampleur de l’élan dramatique et la virtuosité lumineuse de la partition soliste sont comme intuitivement calquées l’une sur l’autre, bien qu’au talent brut, Rachmaninov pouvait ajouter un solide métier.

Le Concerto no 4 de Mathieu a été retrouvé presque par miracle. Il ne restait pas de partitions, mais un enregistrement sur disque confié à une amie avant le décès du compositeur. Une amie dont on avait perdu la trace. C’est pourtant elle qui s’est présentée, bien des années plus tard (en 2005), après un concert d’Alain Lefèvre, pour lui remettre le précieux objet. C’est grâce à de cet enregistrement du concerto qu’une partition viable existe désormais.

Un concerto qui a tout du grand geste romantique, mais qu’on sent tout de même moins naïf que le troisième.

Sylvestre, à l’image de Lefèvre, s’est emparé de cette œuvre et l’a faite sienne. Il semble regarder (et jouer) ce concerto comme un enfant heureux qui profite totalement de l’instant présent. Les couleurs qui jaillissent de ses doigts sont pétillantes et enjouées, malgré la mélancolie inhérente à la musique de Mathieu.

On sent l’enchantement de sa part à l’égard de la Rhapsodie de Rachmaninov, qui virevolte comme l’eau d’une fontaine dans les passages agités. La plus que fameuse Variation no 18, quant à elle, reçoit un traitement empreint d’une rare tendresse. C’est très beau et, surtout, idéalement romantique.

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