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Marianne Trudel et ses amis rendent hommage à l’âme musicale de l’ONF

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Frédéric Cardin

Connaissez-vous le compositeur canadien le plus prolifique parmi ceux ayant écrit pour le cinéma? Il s’agit d’Eldon Rathburn (1916-2008), dont l’écrasante majorité des partitions (environ 300) a été conçue pour des courts métrages (particulièrement d’animation) de l’Office national du film (ONF)du Canada. Son style brillamment jazzy fait toujours le bonheur des cinéphiles et des mélomanes curieux. La rencontre de cette musique avec de super interprètes de jazz d’aujourd’hui, tels Jim Doxas, Marianne Trudel et Adrian Vedady, ne pouvait qu’être spectaculaire, ce qu’elle est! Voici The Romance of Improvisation in Canada : le génie d’Eldon Rathburn, un album électrisant!

Il y a comme des atomes crochus entre la musique de l’Américain Raymond Scott et cellede Rathburn, une énergie souvent frénétique, parfaitement adaptée à la bougeotte excitante des nombreux films d’animation dans lesquels on peut l’entendre. Vingt-quatre notes à la seconde pour les 24 images/seconde de l’animation au cinéma? Presque, comme vous le constaterez dans The Romance of Improvisation et Fish Spoilage Control, des courses-poursuites swing bop absolument irrésistibles.

Le quintette formé de Marianne Trudel (piano), de Jim Doxas (batterie), d’Adrian Vedady (contrebasse), tous de Montréal, de Kevin Turcotte (trompette) de Toronto et de Petr Cancura (saxophone) d’Ottawa est épatant. « Ça rentre aux toasts », comme on dit. Coordination impeccable, sonorité parfaite et individualité forte, mais jamais au détriment de la musique et de l’esprit. On aimerait revoir (et réentendre!) cette formation dans n’importe quel autre répertoire, et vite!

The Romance of Improvisation in Canada est une allusion au titre du film The Romance of Transportation in Canada (1952), une animation de l’ONF racontant l’histoire des transports au pays, avec la musique d’Eldon Rathburn :

Vous entendrez aussi quelques blues bien moites, une ballade sur peau d’ours (genre), du tango qui fait déhancher comme il le faut, et même un mambo; les cas types de rythmes et de styles bien intégrés dans le cursus de base du jazz.

Cliché? Non, parce que c’est à partir de ce genre de compositions que les clichés apparaissent par la suite. Rathburn était simplement un maître de la caractérisation sonore adaptée à l’image, une caractérisation indispensable à la fabuleuse réussite autant critique que publique des œuvres de l’ONF. Cette caractérisation a été rendue possible grâce à la maîtrise totale que ce compositeur avait du langage général du jazz, d’abord, mais surtout de tous les genres musicaux (et leurs rythmes associés). Il se servait de l’essentiel d’un style (ses « marques » sonores et rythmiques) pour que la connexion entre la musique et le public soit immédiate et serve à décupler la force de typification de chaque scène, de chaque film sur lequel il travaillait.

Rathburn est l’un des créateurs majeurs de l’histoire canadienne, mais aussi l’un des moins connus compte tenu de ses répercussions et de l’importance de son catalogue d’œuvres. En plus de ses compositions pour le cinéma (surtout pour l’ONF, où il a travaillé plus de 30 ans, entre autres endroits…), il a également écrit plusieurs œuvres de concert pour orchestre et pour formations de chambre. Un artiste complet, quoi.

On reconnaît assez bien, collectivement, le rôle majeur de Norman McLaren dans la réussite de l’ONF sur le plan artistique. On se doit de rendre les mêmes honneurs à un Eldon Rathburn, qui a également,on le sait moins, étudié un temps avec Arnold Schoenberg.

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