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Ma jeunesse, de Gilles Vigneault : quand le poète pose un regard tendre sur lui-même

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Par
François Lemay

Sur le grand chemin de la création, rares sont ceux et celles qui peuvent se permettre de revisiter leur propre œuvre tout en demeurant pertinents et justes, sans tomber dans le passéisme. Parmi ceux qui ont la stature et l’envergure pour réussir cet exercice, il y a tout en haut de la liste, bien sûr, Gilles Vigneault. Parce que si nombreux sont ceux qui ont essayé de relire des chansons de celui que l’on surnommait « le poète » alors qu’il étudiait au collège de Rimouski, très peu ont réussi à les incarner avec autant de justesse que celui qui les a fait naître. En ce sens, Ma jeunesse, un album dans lequel le poète revisite certaines de ses premières chansons, se reçoit comme un rare cadeau.

Évidemment, l’homme, qui a maintenant 90 ans, n’aborde plus ses pièces de la même façon que lorsqu’il en avait 20, ou 30. Si, à l’époque, on pouvait entendre une énergie, une fougue, portée par l’urgence de prendre la parole pour nous raconter son amour pour tout un peuple afin que celui-ci s’inscrive bien dans notre mémoire collective, on entend aujourd’hui une voix qui embrasse avec tendresse et respect une œuvre de jeunesse passée, aujourd’hui, dans notre patrimoine.

Les arrangements un tantinet jazzés, signés par le pianiste Philippe Noireaut, y sont certainement pour quelque chose. Les chansons prennent tout leur temps pour bien se déployer, les musiques s’adaptant au phrasé particulier de Monsieur Vigneault, qui ne perd en rien sa magnifique habitude de nous raconter les textes autant qu’il les chante.

Cela crée certains moments magiques comme dans Jos Monferrand, où on entend clairement un sourire presque enfantin dans la voix du poète. Ou, encore, la très belle interprétation des Gens de mon pays, qui n’a pas pris une ride. Quand Monsieur Vigneault nous chante qu’il souhaite qu’il reste, en lui-même, un peu de l’écho sonore des gens du pays, j’espère qu’il sait à quel point il a réussi.

Quand un homme d’une stature aussi vénérable que celle de Gilles Vigneault prend le temps de nous parler, le moins que l’on puisse faire est de l’écouter. Parce que Monsieur Vigneault ne parle jamais de lui. Il parle au nous.