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Mishta Meshkenu : la belle route de Florent Vollant

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Par
François Lemay

Recevoir un nouvel album de Florent Vollant, c’est tout le plaisir d’avoir des nouvelles d’un vieil ami qui se fait trop rare. Avec cette rareté vient, par contre, le bonheur de savoir que peu importe le temps qui passe, les liens demeurent toujours aussi forts. Avec Mishta Meshkenu (la grande route, en innu), Vollant nous donne envie de sauter dans notre voiture et de monter la 138 pour le rejoindre à Maliotenam non pas pour lui conter notre vie, mais pour nous taire et l’écouter une fois sur place.

Je vous mentirais si je vous disais qu’il est possible de saisir l’ensemble de cet album si on ne parle pas innu, puisque toutes les chansons, sauf une, sont chantées dans cette langue. Il faut donc se rabattre sur les entrevues que l’auteur-compositeur-interprète de 59 ans a accordées à propos de son disque afin de comprendre qu’il est question de déplacement, de mouvement et de nomadisme. Et il y a cette fameuse route 138, dont le point de départ est la frontière séparant le Québec de l’État de New York et qui s’étend sur 1420 km pour s’arrêter quelque part à l’est de Natashquan.

Mais, ce que l’on perd dans cette incapacité de saisir le sens des mots, on le gagne avec cette musique qui sert de pierre d’assise à ces chansons qui se traversent comme autant de petits villages aux petites maisons blanches carrées, ou qui évoquent ces immenses forêts de pins recouverts des toutes premières neiges de l’année. Florent Vollant s’est nourri, depuis plusieurs années, à toutes sortes de variantes de la musique folk et en garde le meilleur : un mélange qui évoque l’Amérique à tous ses points cardinaux. Un peu de cajun et de country appalachien, et cette guitare qui roule comme une vieille voiture qui avale les kilomètres. Et comme il chante en innu, on est donc confronté à un son americana qui trouve toute sa pureté dans son métissage, aussi antinomique que cela puisse paraître.

Au centre de cet album, comme une charnière, une version magnifique de Mes blues passent pu dans porte, d’Offenbach, seule chanson en français. Vollant dit avoir voulu la sortir du Forum de Montréal pour l’amener dans son tipi, histoire de nous parler d’une réalité qui frappe plusieurs communautés autochtones. Cette interprétation, douce et harmonieuse, donne un sens tout neuf à ce classique du rock québécois.

Avec Mishta Meshkenu, Florent Vollant démontre que la musique et l’authenticité, qui sont au cœur de sa démarche, nous parlent autant que sa langue maternelle, avec cœur.