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Primeur : La nuit des longs couteaux de Koriass

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Par
François Lemay

Koriass est de retour avec un cinquième album, intitulé La nuit des longs couteaux. Après une courte pause au cours de laquelle il a dû annuler quelques spectacles pour des raisons familiales en 2017 – il s’est fait discret, à l’époque, sur les raisons qui l’ont poussé à prendre ce temps de recul –, le rappeur semble avoir accepté ses faiblesses, qu’il étale, ici, le temps de 12 chansons. Et attachez votre tuque avec de la broche, puisque l’écoute de ce nouvel album n’est pas de tout repos.

En fait, Koriass (Emmanuel Dubois de son vrai nom) nous présente deux facettes de sa personnalité avec lesquelles il joue comme si elles se répondaient d’une chanson à l’autre. D’un côté, il aborde ses problèmes de conscience alors qu’il explore des thèmes comme l’effritement du couple après l’arrivée d’un enfant, la difficulté de concilier sa vie de musicien à celle d’homme de famille ou, encore, sa consommation excessive d’alcool. De l’autre, il y a le frondeur baveux, digne représentant de ces rappeurs qui jouent à la vedette, roulant à tombeau ouvert dans des voitures de luxe après avoir bu un shake fait avec des billets de cent dollars.

Pour le titre, La nuit des longs couteaux, qui fait référence à un événement politique marquant dans l’histoire du Québec, il y avait là une possibilité intéressante d’amener un thème, ne serait-ce que celui de la trahison, qui aurait pu servir de liant à l’album, mais ça n'a pas été le cas.

Pour ce qui est des chansons, Koriass manie l’allitération avec brio et joue habilement avec les mots. L’écriture est travaillée et nous amène beaucoup plus loin que cette sensation que l’on a, parfois, d’entendre un premier jet. Si certains auditeurs risquent de titiller sur l’utilisation de l’anglais à quelques reprises, cela ne m’a pour ma part pas vraiment dérangé, puisque c’est fait avec adresse et non par paresse.

Idem pour les musiques. Entouré de Philippe Brault (arrangeur pour Pierre Lapointe, entre autres) et de Ruffsound, un collaborateur de première heure, Koriass nous offre une palette élargie des genres inhérents au hip-hop, se permettant même d’ouvrir l’album sur un échantillonnage de la chanson Breaking Away from Sanity, de Kim Carnes. On peut aussi entendre la jeune sensation FouKi sur deux pièces, une présence rafraîchissante sur un album dense. C’est une excellente idée de Koriass.

La nuit des longs couteaux est un album ambitieux qui ne touche pas toujours sa cible, non parce que Koriass manque de talent ou travaille mal, au contraire, mais parce que le rappeur était peut-être un petit peu trop collé sur son sujet, c’est-à-dire lui-même. Mais, d’un autre côté, peut-on reprocher à un artiste d’être trop vrai, avec tous les défauts que cela comporte? C’est déjà là une très grande qualité.