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Primeur : Richard Séguin commente l'écoute de son album Retour à Walden

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Ariane Cipriani

Avec Retour à Walden - Sur les pas de Thoreau, Richard Séguin rend bellement hommage au philosophe abolitionniste Henry David Thoreau, dont les écrits l'habitent depuis sa jeune vingtaine. Le musicien ponctue ici l'écoute des chansons de commentaires bien personnels.

Voici une oeuvre ambitieuse, réunissant une vingtaine de musiciens et interprètes, nourrie du désir d’honorer l’intégrité et le sens moral des courageux.Retour à Walden constitue une véritable fresque historique. Cette fois, l’américanité exposée par le musicien est celle du 19e siècle. Celle qu'il a découverte dans Walden ou la vie dans les bois, ouvrage où Thoreau se penche sur la simplicité volontaire.L’ampleur de l’histoire racontée demande temps et attention. Dans notre époque précipitée, quelle satisfaction de voir apparaître cet album à contre-courant, et qui fait quand même étrangement écho aux bouleversements sociopolitiques du moment.

Thoreau, homme de parole, n’était pas seul à se battre pour l’abolition de l’esclavage, contre l’injustice ou l’abus. Séguin mène donc en troupe cet album orchestral pour honorer son idole et ses êtres chers : Normand D’Amour donne une voix à l’abolitionniste belliqueux John BrownÉlage Diouf, à William, un esclave évadé sur l’Underground Railroad, et Jorane donne une voix à Lidian Emerson, une amie intellectuelle engagée dans plusieurs causes. Évidemment, la voix de la violoncelliste est enveloppée de la douceur des cordes. Pour Élage Diouf, on a un son plus dépouillé, du sud, qui fait écho au folk et au bluegrass.

Une cabane au bord d’un lac

C’est justement à l'étang de Walden que Richard Séguin a puisé son inspiration, plus précisément dans la petite ville de Concord, où Thoreau a vécu toute sa vie, écrivant avec sensibilité sur les Indiens d’Amérique, la nature, l’environnement et le transcendantalisme. De sa cabane au fond du bois, ce dernier a vécu comme il l’a voulu, en homme libre, fidèle à sa morale, dénonçant par ses écrits et ses gestes les mensonges de la société. Ses idées, son insoumission et son mode de vie captivaient autant qu’ils dérangeaient.

Entre la colère et la contemplation

Pour attiser le feu qui l’animait, Séguin a aussi invité l’historien et philosophe Normand Baillargeon à livrer un texte coup-de-poing sur Guerre et tempête. Les deux hommes se sont rencontrés à la Nuit de la poésie. Séguin, ayant été épaté par la tirade du philosophe à Tout le monde en parle, lui a demandé le même éclat de colère pour le disque, ce qui a permis une fracture dans le temps, pour décrier des enjeux très actuels.

Aussi contemplatif était Thoreau, on lui doit le concept de désobéissance civile. Refusant de payer ses impôts parce que ceux-ci n’étaient pas utilisés pour le bien commun, il a passé une nuit en prison. Par contre, jamais il n’a été moralisateur. De cet incident a découlé la notion de résistance passive, qui a inspiré Gandhi comme Martin Luther King.

Cette trame musicale, les deux réalisateurs du disque l’ont enrobée avec soin, en plus de prendre en charge plusieurs instruments. Hugo Perreault, complice de Séguin des 20 dernières années, connaît par cœur la littératie musicale du chanteur. Guido Del Fabbro, lui, est arrivé en studio préparé jusqu’au dernier détail. Au faste des violons et à la ferveur des guitares, ils ont ajouté des bruits de vent, de cours d’eau et d’oiseaux.

On y découvre en Richard Séguin un excellent narrateur, avec une voix apaisante et captivante. C’est récent, cet aspect chez Séguin, qui récite depuis peu des extraits de poèmes en spectacle.

Réaliser un projet en dormance

Avec ce nouveau disque dont l’envergure s’apparente davantage au conte musical, Richard Séguin lui-même se dévoile beaucoup. Séguin et Thoreau : on imagine facilement les grandes marches que les deux amoureux du paysage auraient prises ensemble. Comme Séguin, Thoreau avait à cœur de donner une parole aux sans-voix. Il y a là des valeurs communes évidentes. En cette époque de bouleversements climatiques et d’urgent besoin de revoir nos modes de consommation, l’histoire appelle aussi à un rapprochement avec la nature.

Ça fait plus de 40 ans que les écrits de Thoreau font partie de la vie de Richard Séguin (qui a lui aussi sa cabane dans le bois). Le chanteur planchait depuis quatre ans sur cet album. Un plaisir de sortir de soi, dit-il. Le plus beau, dans tout ce travail personnel, c’est que Séguin en a fait une œuvre collective, et d’une remarquable qualité de production. Évidemment, on souhaite qu’elle puisse se transposer sur scène.

Elles se font rares, les œuvres engagées, en cette période pourtant trouble de l’humanité. Celle-ci réconfortera les indignés d’aujourd’hui, et réveillera peut-être un Thoreau chez plusieurs.

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Un amour qui ne veut pas mourir, la solitude qui s'installe avec la vieillesse, l'ivresse des samedis soirs, l'exil, le deuil; la ballade folk-country visite les plus sombres retranchements de la vie humaine et ça fait du bien.

Avec pas d'casque, Renée Martel, Éric Goulet, Isabelle Boulay, Paul Daraîche, Richard Desjardins, Paul Dwayne, Les Chiens, Annie Blanchard, Stephen Faulkner, etc.

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