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Succomber à la Tentation, le trad au goût du jour du Yves Lambert Trio

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Par
Nathan LeLièvre

Voilà maintenant plus d’une quarantaine d’années qu’Yves Lambert roule sa bosse. Visiblement, il détient la clé de la longévité en musique traditionnelle. Est-ce parce qu’il se modernise ou parce qu’il est indémodable ?

La recette gagnante se trouve sans doute à mi-chemin entre les deux prémisses. On sent qu’il veut s’actualiser dans VIP pour l’enfer (on y aborde la question du pétrole et la légalisation du cannabis tout en interpellant Justin Trudeau). Il reste que sur le plan musical, Yves Lambert a toujours fait et fera toujours du trad comme seul Yves Lambert sait en faire. Ce n’est pas pour rien qu’il a été grand manitou de La Bottine Souriante jusqu’au tournant du millénaire. Par ailleurs, sur Tentation, ses complices, les multi-instrumentistes Tommy Gauthier et Olivier Rondeau, contribuent très activement l'équilibre entre respect et renouveau.

Ainsi, on retrouve une Poule à Jean-Paul, c’est-à-dire la fameuse Poule à Colin dépoussiérée. À la podorythmie habituelle s’ajoute une couche de sauce country-rock, à la limite du blues. On le sent dans la façon d’accentuer les rythmes et le violon qui attaque parfois les notes en glissant dessus (mais soyez assurés, l’histoire est toujours tacitement grivoise). Autres efforts pour sortir des sentiers battus : les lignes de basse et de guitare dans Ignominie, de même que la guitare électrique et le violon qui imite une porte qui grince dans Les diables.

En revanche, on est très capables de respecter les formes traditionnelles, notamment dans Vent d’Irlande (où l’on trouve des enchainements accords typiquement celtique), dans Le Lac Rond (une de ces superbes complaintes avec accompagnement minimal) et dans La coquette à Poupa et sa suite (bonjour, la guimbarde!).

Je ne puis m’empêcher de souligner le petit voyage qu’on nous propose dans La suite du Cap-Breton et la déboulade. Confirmé : nos oreilles se retrouvent véritablement en Nouvelle-Écosse (j’en saurais quelque chose, comme je suis du coin). L’arrangement, qui module et qui change subitement de tempo et de ton entre strathspeys et reels, est digne d’un album des Barra MacNeils (je vous renvoie ici aux deux violons en harmonies à la fin de la piste), ou de Natalie MacMaster. Le jeu du violon évoque clairement celui qu’on entendrait dans les festivals écossais.

En somme, tout au long de Tentation, on réussit à tendre la main à ceux qui trouvent la musique traditionnelle ringarde, sans jamais s’en éloigner au point d’en perdre les mordus.