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Genticorum : Avant l'orage, du trad en habits de dentelle

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Nathan LeLièvre

À l'occasion du 24e Festival Mémoire et Racines, qui se tient cette année du 27 au 29 juillet à Saint-Charles-Borromée, nous vous offrons à nouveau l'écoute d’Avant l’orage, le plus récent album de Genticorum. Le groupe sera en spectacle le samedi 28 juillet à 22 h et entamera ensuite une tournée qui le mènera à Terre-Neuve-et-Labrador puis dans cinq villes américaines. Ce spectacle à Mémoire et Racines est donc la dernière chance de voir le trio en sol québécois cet été.

C’est une nouvelle mouture de Genticorum qui nous arrive avec la 6e livraison en carrière du groupe traditionnel québécois. Pascal Gemme et Yann Falquet se sont alliés avec le multi-instrumentiste Nicholas Williams pour Avant l’orage et on constate d’entrée de jeu que la recette est gagnante.

Si certains groupes de musique trad comptent sur des rythmes allants, une instrumentation garnie et une énergie brute, Genticorum choisit de faire autrement. Dans Avant l’orage, on retrouve les arrangements aérés habituels de la formation. S’y ajoutent toutefois une finesse et un soin du détail qui piquent la curiosité de l’auditeur. Que ce soit par l’accueil chaleureux que nous réserve Voici le temps, qui part le bal avec assurance sans pécher par excès, ou dans l’accompagnement plus-que-mélodique de la flûte (en contrepoint, rien de moins!) dans Rose blanche, on retrouve des arrangements soigneux, nuancés, agiles, délicats, voire magiques par moments.

Genticorum varie les procédés dans ses arrangements et réussit à constamment nous surprendre. On n’abuse de rien. Chaque mécanisme sert en quantité judicieuse. On se demande constamment : « que vont-ils faire sur la prochaine piste? ». Un instant, la guitare soutient d’un rythme discret le reel du violon, le prochain, elle arpège délicatement, ruisselante, sous les voix. Le violon, la flûte et l’accordéon (dont le style n’est pas sans rappeler celui de Sharon Shannon) dialoguent et s’échangent habilement mélodies et harmonies dans les gigues et les reels. L’arrangement des voix dans Floristène nous fait tout simplement fondre; l’unisson et les harmonies sont très justement équilibrés. Si la simplicité est d’ordinaire le lot de la musique trad — parce que les mélodies le restent, après tout — Avant l’orage nous propose plutôt un folklore onctueux et délicatement enrobé. On ne fait pas compliqué pour faire compliqué. Au contraire, on donne dans la dentelle.

Dans sa fraîcheur et sa légèreté, l’album évoque aussi des images d’antan. Non pas des images poussiéreuses. Plutôt des scènes réconfortantes de ces jours ensoleillés où le vent aurait fait danser les brassées sur les cordes à linge et où les femmes auraient sorti le rouet sur le perron pour filer la laine. Ou encore un set carré dans un champ de grande herbe où les jupes volent dans la brise tiède.

La seule notion qu’on ne semble pas retrouver sur l’album — du moins du point de vue musical — c’est celle de l’orage évoqué dans le titre. Certes, on la retrouve dans les textes. Les histoires racontées sont parfois violentes : le mariage forcé (La vignelon), le naufrage (Voici le temps), les amants séparés par la mort (Floristène), etc., mais on fait le contrepoids avec la livraison des musiciens. Elle est posée sans jamais manquer d’entrain. De toute façon, le titre l’indique : nous sommes ici Avant l’orage, ce moment de suspension qu’on souhaiterait éternel, pour que l’orage n’éclate jamais.