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Ensemble Nash : redécouvrir Dohnányi, le compositeur victime de fausses nouvelles

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Frédéric Cardin

L’excellent ensemble Nash propose l’album Dohnányi: String Quartet no. 3; Serenade for String Trio; Sextet for Piano, Clarinet Horn and String Trio, sur lequel le groupe anglais ressuscite pratiquement le compositeur hongrois oublié depuis sa mort, principalement en raison de la campagne calomnieuse dont il a été victime. Le résultat est un album essentiel pour tout mélomane passionné, ou même seulement curieux, qui se respecte.

La musique de Dohnányi a tout de la vieille Europe de l’Est, celle que les mélomanes aiment tant en général. Une forte expressivité, une stimulante énergie rythmique, presque incessante grâce aux accents pointés et saccadés des cordes, énergie compensée par des passages très lyriques, une richesse des textures sonores qui laisse paraître un savoir musical profond. De ces partitions se dégage un caractère à la fois savant et plébéien qui donne à l’auditeur le sentiment d’écouter une musique ancrée dans ses racines populaires et folkloriques, mais élevée à un niveau de sophistication intellectuelle immensément nourrissant pour ceux et celles qui aiment avoir plus que pas assez de viande autour de l’os.

Vous pouvez résumer la musique hongroise en une seule personne, Dohnányi.

Béla Bartók

La Sérénade pour trio à cordes est une suite de mouvements typés (marche, romance, scherzo, etc.) écrite en 1902. On sent les influences paysannes et folkloriques de ces petits morceaux pour la plupart dansants.

Le Quatuor no 3 a quelque chose de ceux de Bartók (en moins sombre). L’univers sonore est plus grinçant que pour la Sérénade, mais surtout imprégné d’une forte intensité rythmique.

Le Sextuor pour piano, clarinette, cor et trio à cordes est le grand chef-d’œuvre de l’album. C’est une œuvre somptueuse de couleurs sonores et de phrases mélodiques telles des traits de pinceau qui s’imbriquent les unes dans les autres, se côtoient, se juxtaposent, se superposent, s’échangent des bribes d’elles-mêmes, se tournent autour, etc. Et toujours ou presque cette propulsion rythmique qui ne crée jamais de langueur tristounette. L’ajout de la clarinette et du cor étoffe le tissu musical, lui donne de l’épaisseur et de l’opulence. On dirait un mélange génial entre Kodály, Bartók et Brahms. Du bonheur.

L’ensemble Nash est l’un des meilleurs groupes de chambristes au monde, tout simplement. Dohnányi ne pouvait espérer mieux pour être découvert par un nouveau public.

Victime de propagande

Erno Dohnányi est né en 1877 à Bratislava, en Slovaquie, mais il était d’origine hongroise. Après la Seconde Guerre mondiale, il a déménagé aux États-Unis, ce qui lui a valu l’inimitié du nouveau gouvernement communiste hongrois, qui a lancé des rumeurs sur ses prétendues sympathies nazies. Or, tout cela était faux. Dohnányi a été un opposant au fascisme. Il a même abandonné un poste à l’Académie de Budapest plutôt que d’avoir à appliquer les lois antisémites du gouvernement. Il a aussi protégé plusieurs musiciens juifs membres de l’Orchestre philharmonique de Budapest.

Mais les rumeurs sont demeurées présentes et ont nui à sa réputation. Peut-être aussi à la diffusion de sa musique. De nouvelles études historiques sont venues démonter les « fausses nouvelles » et rétablir les faits, comme le livre Ernst von Dohnányi: A Song of Life, de James A. Grymes.

Si cela a comme effet de nous faire entendre plus souvent la musique exceptionnelle de ce très grand compositeur, alors tant mieux!

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