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Louis Lortie: un concerto injouable comme si de rien n’était 

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Frédéric Cardin

Louis Lortie nous a habitués à des interprétations supérieures des grands chefs-d’œuvre pianistiques, de Chopin à Liszt en passant par Beethoven. Parfois aussi, il sait nous surprendre avec des œuvres insoupçonnées qu’on prend plaisir à découvrir. C’est exactement ce qu’il fait ici avec le Concerto pour piano et orchestre de Ralph Vaughan Williams, une œuvre réputée injouable. Le fait que le reste du programme soit constitué de véritables perles musicales ne nuit pas non plus au bonheur de cette écoute.

Ne manquez pas le concert de Louis Lortie avec Stéphane Tétreault et Kerson Leong en direct du Domaine Forget, diffusé ici-même

Un concerto réputé injouable

Le concerto de Vaughan Williams (VW) a été considéré si difficile à jouer à ses débuts qu’une version pour 2 pianos et orchestre a été réalisée par la suite pour mieux répartir les défis techniques de la partition entre deux musiciens plutôt qu’un seul.

Lortie n’a manifestement cure des exigences titanesques de cette musique. Il a tout ce qu’il faut pour maîtriser l’écriture foisonnante et rythmiquement puissante de VW. Il obtient un peu de repos dans la Romance, élégiaque et presque impressionniste, mais doit repartir au front dès le mouvement final. Voici un concerto qui mérite d’être entendu et joué bien plus souvent (ce qui implique que des pianistes de grande stature s’y intéressent!).

Peter Oundjian dirige un Orchestre symphonique de Toronto resplendissant.

Des merveilles en complément

Le programme est complété par de véritables trésors signés du même compositeur : d’abord, la Serenade to Music, pour solistes, chœur et orchestre, et inspirée du Marchand de Venise de Shakespeare. Un bijou de sensualité sonore. Qui plus est, Emily D’Angelo, Deuxième prix du volet aria et Prix du public Radio-Canada lors du Concours musical international de Montréal (CMIM) 2018, est l’une des solistes! Une belle occasion de l’entendre.

Le Concerto pour hautbois et cordes (superbement joué par Sarah Jeffrey) représente la musique anglaise moderne à son meilleur : le savant mélange d’impressionnisme, de romantisme et de modernisme est appuyé par un sens de l’évocation imagée tout à fait exceptionnel. Vaughan Williams nous prend par la main et nous fait faire le tour de la campagne anglaise, celle des cartes postales et de Downton Abbey.

L’album se conclut avec Flos Campi (les fleurs du pré), œuvre inspirée du Cantique des Cantiques, pour alto, chœur et orchestre de chambre. Le texte biblique est souvent évoqué pour indiquer que la sensualité a sa place dans le livre sacré des chrétiens. Cela est débattu par les exégètes, mais pour VW, il n’y a pas de doute possible : il s’agit bien de l’amour entre un homme et une femme.

Cela dit, aucun sentimentalisme fleur bleue dans la plume du compositeur : la force de l’émotion exprimée est assurée par une orchestration certes somptueuse à l’occasion, mais jamais explicitement « sensuelle ». Il y a une certaine pudeur expressive dans la partition, comme si l’amour, même physiquement explicite, perçu par VW puisait toute son intensité dans une intimité précieuse des sentiments et dans une spiritualité charnelle qui s’y associe subtilement.

En tous les cas, un chef-d’œuvre à écouter d’urgence, s’il vous était inconnu jusqu’à maintenant.

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