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Jeremy Dutcher : le ténor qui fait renaître la voix de ses ancêtres

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Frédéric Cardin

Ce que vous vous apprêtez à écouter est franchement inusité et très séduisant à la fois. Préparez-vous à être agréablement dépaysé! Le chanteur, pianiste et compositeur Jeremy Dutcher, de la nation malécite de Tobique, au Nouveau-Brunswick, arrive avec un album teinté d’une magnifique magie : Wolastoqiyik Lintuwakonawa, qui veut dire « nos chansons malécites ».

Dutcher est un jeune artiste formé académiquement au chant classique (il est ténor). Sur le chemin des retrouvailles avec ses racines ancestrales, il est tombé sur des enregistrements datant de plus de 110 ans, conservés dans les archives du Musée canadien de l’histoire, à Gatineau, et gravés à l’époque sur rouleaux de cire!

Les connaissances musicales de Dutcher l’ont amené à entrevoir des façons étoffées de donner une seconde vie à ces lignes mélodiques immémoriales; comme une renaissance, voire une résurrection, d’esprits trop longtemps oubliés.

La voix de Dutcher, un beau ténor agréable qu’il évite de rendre « opératique », se marie génialement avec un ensemble à cordes, un piano, une soprano et une lutherie électronique utilisée avec parcimonie et raffinement.

Jeremy Dutcher parle de son album Wolastoqiyik Lintuwakonawa (en anglais) :

Des extraits d’enregistrements originaux (miraculeusement récupérés et récemment numérisés par les archives du Musée) font renaître d’outre-tombe un peuple et une langue presque disparus aujourd’hui. Il ne reste en effet qu’une centaine de locuteurs de la langue malécite en ce moment, ce qui rend d’autant plus précieux cet album entièrement chanté dans cette langue dont la vie ne tient qu’à un fil. Dutcher en éparpille certaines bribes à travers la fabrique « moderno-impressionniste » (teintée de néoclassicisme, d’électro-pop et même de jazz) de Wolastoqiyik Lintuwakonawa. On a parfois l’impression qu’il a aussi été inspiré par le Jesus Blood Never Failed Me Yet de Gavin Bryars.

De la première à la dernière pièce, l’auditeur est guidé avec douceur et respect à travers des racines injustement négligées de notre pays; des racines qui, en cette période de questionnements identitaires, apparaissent férocement indispensables pour assurer notre propre avenir.

Au-delà de ces considérations purement politico-philosophiques, il s’agit d’un sapré bel album, enrobé d’une lumière délicate et apaisante, jetant doucement ses rayons sur un univers mélodique à la fois intemporel (dans ses résonances harmoniques) et très actuel (dans son revêtement instrumental). Un des albums de l’année au Canada? Je crois bien que oui.

Superbe interprétation de la pièce Pomok Naka Poktoinskwes, extraite de l’album Wolastoqiyik Lintuwakonawa, donnée lors d’une session First Play Live, à CBC :

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