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Brad Mehldau : en symbiose avec Bach

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Par
Frédéric Cardin

Le pianiste Brad Mehldau est en train de redéfinir tout le langage du jazz moderne. Il fallait s’attendre à ce qu’il fasse de même avec la façon de jouer Bach pour les musiciens jazz (une bonne habitude qui ne se tarit pas), mais peut-être aussi pour les musiciens classiques, qui sait? After Bach est à la fois une réécriture, une recomposition et une interprétation philosophique du grand génie allemand.

After Bach n’a rien à voir avec Jacques Loussier ou le Modern Jazz Quartet. Si vous êtes familier avec ces références, vous entendez déjà dans votre tête les harmonies typiques du compositeur classique, déhanchée par des rythmes swing, et vous aimez ça, ou pas. Moi oui, en tous les cas.

Toutefois, il ne s’agit pas de ça ici.

Mehldau fait ici office de passeur de cette musique, à la fois sensitif et intellectuellement philosophique, entre les 18e et 21e siècles.

Il alterne compositions personnelles, harmoniquement modernes et dissonantes à l’occasion, avec relectures de « standards » de Bach, comme certains Préludes et fugues.

Le saxophiste Samuel Blais, de passage à l'émission Quand le jazz est là animée par Stanley Péan, donne ses impression sur l'album After Bach de Brad Mehldau :
Chronique de Samuel Blais sur l'album After Bach de Brad Mehldau

Émission : Quand le jazz est là 2018-05-03

Animation : Stanley Péan

Audio
Ses interprétations de Bach sont très près des versions originales, et se permettent peu d’extravagances. On est presque dans l’interprétation à la classique. On détecte, malgré tout, un legato (une liberté rythmique), qui sert soit à camoufler une imprécision technique, soit à témoigner d’une attitude « jazzistiquement » relaxe quant à la précision métronomique des tempos (assez importants chez Bach).

Je préfère croire à la deuxième option.

En ce qui concerne les compositions personnelles de Mehldau, qui portent toutes le titre After Bach suivi de deux points et d’un terme évocateur (tel Flux, Pastorale, Benediction, etc.), on se retrouve devant de l’écriture spontanée bien ancrée dans l’esprit transcendant, et transcendé, de Bach, comme si celui-ci était ramené à notre époque et réfléchissait à voix haute (en musique, je veux dire) sur son œuvre, en improvisant et en intégrant des bribes de toutes les nouvelles sonorités qu’il aurait découvertes à son réveil. After Bach: Dream, par exemple, ressemble à du Schoenberg contrapuntique.

À découvrir également :

L’émission Symphonie en bleu, où se croisent le jazz et le classique, animée par Jacques Kuba Séguin

Mehldau est habité, imprégné même, de celui qui disait que n’importe qui travaillant comme lui réussirait aussi bien. Il le comprend, il l’aime, et il sait lire dans les pensées du génie mort en 1750.

Il est évident que Mehldau s’investit totalement dans cet album ambitieux, qui redéfinit la façon d’aborder et d’exprimer la relation de plus en plus symbiotique entre musique classique et jazz de très haut niveau.

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La webradio Bach et la webradio jazz Audacieux