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Marc-André Hamelin : le choix assumé d’un Schubert athlétique

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Frédéric Cardin

L’un des grands pianistes contemporains, Marc-André Hamelin, et l’un des plus exceptionnels chefs-d’œuvre de la musique pour piano, la Sonate en si bémol maj.,D. 960, de Schubert, se rencontrent sur un nouvel album de la maison de disques britannique Hyperion.

Marc-André Hamelin avait offert une transcendante interprétation de la Sonate,D. 960, de Schubert, lors d’un récital à Orford, en 2014. À cette occasion, le pianiste avait subjugué le public et les journalistes. Toutefois, ce n’est pas cette version qui est présentée ici, mais plutôt un enregistrement de 2017 à Monmouth, au Royaume-Uni.

Il faut d’abord dire à quel point cette œuvre est magnifique. Il s’agit d’un des grands accomplissements de la créativité humaine, sans doute possible.

Entre la vie et la mort

Le premier mouvement a quelque chose d’à la fois onirique et terre à terre. Schubert oscille entre deux mondes : le spirituel profane et le mondain teinté d’humilité. Vous trouvez cette explication trop enchevêtrée? Certes, mais elle symbolise l’incroyable et fascinant entrelacs qui se révèle à l’auditeur qui prend la peine de se concentrer sur cette pièce. Pour le simple curieux, aucune crainte : la beauté envoûtante des lignes schubertiennes fera léviter de bonheur le plus endurci des sceptiques.

Le deuxième mouvement est un andante mélancolique, qui exprime une sorte d’errance méditative sublime, non exempte de quelques bouffées de fièvre ardente qui cherchent à jaillir hors de la partition. Schubert n’avait que deux mois à vivre lors de l’écriture de cette sonate. On pourrait y voir un sentiment prémonitoire de son échéance fatale et des soubresauts de volonté. Ce serait facile, un peu trop même.

Le troisième mouvement est un scherzo pétillant, qui n’annonce en rien la venue de la Faucheuse. Ou, peut-être, était-ce la vie qui l’empoignait et lui dictait cette écriture afin d’affirmer son intention de ne pas rester muette pour toujours, qui sait?

Le quatrième nous emmène ailleurs. C’est un rondo allant, une sorte de danse campagnarde faite de cabrioles, mais traversée, cela dit, de sursauts dramatiques. Cette finale donne l’impression d’une hésitation entre une posture grave et une posture optimiste.

C’est pourtant l’une des pages que je préfère entre toutes dans l’entièreté de ce que Schubert a écrit.

Pas la demi-sœur des 32 autres

Marc-André Hamelin a décidé de donner une présence forte à un trille dissonant présent dans le premier mouvement. Une dissonance que l’on remarque moins chez d’autres pianistes. L’effet est déstabilisant, mais entièrement justifié.

Puis, le pianiste québécois poursuit en attrapant à bras-le-corps l’ensemble de la Sonate et en l’habillant d’une étoffe presque athlétique qui semble nous dire que Schubert est ici une sorte de second Beethoven. Oui, Schubert admirait Beethoven. Oui, il s’en est grandement inspiré, mais la dernière de ses sonates s’éloigne de l’esprit de son prédécesseur. Elle n’en est pas une fille oubliée ni la demi-sœur des 32 sonates de Ludwig. Elle a sa propre personnalité, en fait celle de son papa Schubert, poète, esthète, délicat même, mais avec une intimité bouillonnante d’expressivité qui n’avait rien à voir avec la fureur volcanique de Beethoven.

C’est un choix assumé d’Hamelin, et admirable, car il est exprimé avec beaucoup de conviction. Toutefois, je ne partage pas l’engouement du pianiste pour ce choix. Je préfère Schubert en aède proustien, moins en athlète et en artiste volontaire zolien (Proust et Zola ont vécu bien plus tard, mais vous voyez ce que je veux dire).

Impromptu égale liberté

Le programme de l’album est complété par les Quatre impromptus,D. 935. Peut-être Hamelin n’a-t-il pas ressenti le besoin de faire avec ce quatuor une « démonstration certifiée » de pièces d’esprit de format plus libre?

Quoi qu’il en soit, il dessine efficacement des mondes affranchis de contraintes formelles, tout en magnifiant la beauté ineffable de ces morceaux. Après tout, le mot le dit : impromptu, c’est synonyme de spontanéité.

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