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Couronne à double tranchant, de Monk.E : les leçons du « chillosophe »

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Sébastien Tétrault

Rappeur articulé et artiste visuel accompli, Monk.E lance un nouvel album, lourd de sens et aux influences trap, qui fait partie d'un triptyque que complètent une collection de toiles et un recueil de textes et de poèmes. Ce septième disque, enregistré sur trois continents, exprime les préoccupations existentielles d'un artiste qui œuvre à l'éveil des consciences et au changement des mentalités rétrogrades.

Monk.E est un infatigable globe-trotter au parcours artistique hors du commun. Lorsqu'il a fait ses premiers pas sur la scène hip-hop montréalaise au début des années 2000, l'apprenti rappeur était déjà un peintre reconnu, dont les œuvres ornaient plus d'un mur de la métropole. En solo comme au sein du collectif K6A, Monk.E n'allait pas tarder à gagner le respect de ses pairs grâce à son rap engagé, à la fois exigeant et inspirant. Résolument humaniste, antisexiste et antiraciste, Monk.E livre avec conviction des textes mordants et inspirants. Perpétuellement en mouvement, il se laisse inspirer par le monde qu'il découvre au gré de ses pérégrinations. Le voici qui revient de Kamapala, en Ouganda, où a été tourné le vidéoclip du plus récent extrait de l'album, Level Up.

Sur le plan musical, Couronne à double tranchant s'avère l'œuvre la plus aboutie de Monk.E à ce jour. Réalisé par une brochette de réalisateurs de talent, dont les Français Monk' et Palap, cet album bien équilibré à l'atmosphère éthérée invite l'auditeur à jeter un nouveau regard sur le monde et à se poser mille questions. L'artiste, un maître de l'allitération et du double sens, s'avère à l'aise avec cette esthétique trap très actuelle, et exploite les différentes trames à son avantage, sans diluer son propos et sans sombrer dans la pop. On apprécie également les éléments de musique soul et de musique africaine, comme sur Savoir planer, une production de VNCE où l'on entend le rappeur et harpiste ougandais El Joakim, qui contribuent à la dimension universaliste de l'ensemble.

Les leçons du « chillosophe »

Si chacun de nous est une personne libre et souveraine, que faisons-nous de cette liberté? Se peut-il que ce cadeau soit un fardeau lourd à porter? Monk-E est un philosophe dans l'âme, dont le rap, parfois hermétique et empreint de spiritualité, incite sans cesse à la réflexion. D'entrée de jeu, l'artiste met de l'avant ses propres contradictions et rappelle sur Génie & folie que notre pire ennemi est nous-même. Cela ne l'empêche pas de faire la leçon aux détracteurs virtuels, qui vivent leur vie par procuration derrière un écran, sur Liens infirmes. Toutefois, le morceau phare de l'album pourrait bien être High on Life, cet hommage à la vie et au bonheur, dont la trame planante, que rehausse la présence du saxophoniste Jowee Omicil, est signée Kaytranada. Enfin, Monk.E rappelle sur Couronne d'épines que, comme les meilleures intentions, les mots valent peu si l'on ne passe pas de la parole aux actes.

La présence d'artistes invités qui corroborent le message de Monk.E, comme le MC ougandais Ryuonga sur Boda boda molotow et la montréalaise Sarah Mk sur Force, confère encore plus de puissance à sa voix. Le voici à même de revendiquer un statut nouveau au sein du rap québécois, celui de roi « chillosophe ». Les leçons de Couronne à double tranchant ne sont peut-être pas de celles qu'on écoute d'une oreille distraite, mais il est facile d'apprécier cet album de rap concis et homogène. Et si certains auditeurs le jugeaient obscur, voire rébarbatif, il devrait mobiliser encore davantage les amateurs de longue date, ainsi que les nouveaux qui tiendront désormais à suivre de plus près la carrière d'un de nos artistes les plus originaux.