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À ta merci, de Fishbach : le manifeste de la lucidité

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François Lemay

Le voici enfin offert chez nous, ce premier album de Fishbach, une chanteuse dont on pensait déjà beaucoup de bien! Et pour ça, il faut remercier Un autre que moi, un maxi de quatre titres offert ici depuis l’année dernière.

Son premier album, À ta merci, a beau être en vente en France depuis un an, ce n’est que maintenant que l’on peut enfin confirmer que Fishbach, 26 ans, originaire de Dieppe, n’a pas les allures d’un feu de paille. Évidemment, on réservera notre jugement final pour dans quelques années, mais pour l’instant, ce premier album confirme notre première impression.

Au menu, ce fameux son qualifié de cold wave, une remise au goût du jour de l’électro-pop français du début des années 80. Situé quelque part entre Desireless ou Catherine Ringer, pour cette voix un peu androgyne, et Indochine pour le côté émotif assumé, le travail de Fishbach a cette qualité de ne pas qu’effleurer le genre pour créer un effet de mode. Que nenni! Elle y plonge tête première, attaque les synthés et force notre pied à battre la mesure avec des rythmes artificiels savamment dosés.

Les textes aussi sont à la hauteur. La chanteuse y aborde, sans lourdeur, des thèmes comme la mort ou même le suicide. Entre autres sur Le château, qui se donne des airs gothiques dansants, malgré la noirceur du sujet.

Cet album a beau être le premier de Fishbach, on y entend déjà des mots d’une grande maturité, soutenus par une écriture musicale qui, sans réinventer quoi que ce soit, semble déjà teintée par un immense vécu, assez en tout cas pour permettre l’efficacité dans l’économie du texte : écrire peu, dire beaucoup.

J’ai vu le meilleur de la fête
Vous qui dansez en stéréo
N'êtes que de vagues silhouettes
Tout est foutu dans mon cerveau

Le meilleur de la fête

De plus, l’album ne se donne pas du premier coup. Il faut se laisser séduire et porter par le crescendo subtil de l’ordre des chansons, qui fait un peu sourciller au début. On attend le moment, la pièce, qui fera basculer l’ensemble. On comprend, rendu environ au deuxième tiers de l’album, que l’ensemble est plus fort que chacune des parties séparées. C’est généralement le signe d’une grande compréhension de son propre travail. Fishbach est lucide, et c’est une rare qualité chez une artiste qui arrive. Chapeau!