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L’excentrique Thelonious Monk par le prodige Joey Alexander 

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Par
Ariane Cipriani

Du haut de ses 14 ans, ce pianiste sensationnel propose déjà son troisième album, Joey.Monk.Live!, qu’il consacre entièrement à son idole. Pour l’auditeur, la fascination se poursuit pour ce jeune surdoué qui comprend le jazz jusque dans ses moindres détails pianistiques.

Cet enregistrement en hommage au High Priest of Bop (grand maître du bop) provient d’un concert donné l’été dernier au Lincoln Center. Joey Alexander soulignait, en formule trio, le 100e anniversaire de naissance de ce musicien jazz atypique et, surtout, audacieux.

Pas étonnant que les créations de Monk plaisent autant au jeune Indonésien. Le pilier du be-bop avait à cœur d’innover et de prendre de nouvelles avenues. Pour n’importe qui, même aujourd’hui, il est difficile d’amener les compositions de Thelonious Monk ailleurs ou plus loin. Alexander se plaît grandement à les remanier et réarranger avec une créativité qui dépasse de loin celle d’un ado de 14 ans.

On ne s’étonne pas que l’album s’ouvre avec l’emblématique Round Midnight, une pièce qui, lors de sa parution, a en quelque sorte cristallisé le style de Monk. Joey Alexander l’offre en piano solo. Élégamment, il conclut le disque de la même manière avec Pannonica, l’hommage de Monk à sa fidèle amie, la généreuse et flamboyante baronne Nica Rothschild.

L'importance du jeu d'équipe
C’est entre les deux que le trio, formé du bassiste Scott Colley et du batteur Willie Jones III, s’emballe et parcourt cinq compositions, dont la célèbre Straight No Chaser. Une version gracieuse, dynamique et très joyeuse, avec un touché plus léger que celui de son compositeur. Joey Alexander apprécie le jeu d’équipe; il s’en nourrit et s’en inspire. Ça s’entend. Le sens musical du pianiste est tel que ce dernier propose de nouveaux arrangements étoffés et créatifs.

On qualifie rapidement les enfants de surdoués. Dans le cas de Joey Alexander, le terme n’exagère en rien son talent, sa créativité et son ouverture. Prodigieux et d’une maturité étonnante, le pianiste ne fait pas qu’exécuter les œuvres des autres avec une rapidité épatante. On est ici très loin du perroquet et de l’imitation. Même sans ses trois nominations aux Grammys, il n’aurait pas volé son titre. Il préfère d’ailleurs qu’on parle de lui comme d’un musicien jazz plus que d’un prodige.

Faut le voir s’exécuter avec le plus grand sérieux et entretenir en même temps un rapport de plaisir évident avec la musique. Est-ce que ce talent à interpréter et remanier les œuvres des plus grands l’amènera à proposer ses propres compositions? Ne lui mettons pas trop de pression, il étonne déjà les critiques les plus sévères. Tout de même, on est très curieux de voir la suite!