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Sur Rest, Charlotte Gainsbourg dévoile ses propres textes pour une première fois

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Par
Ariane Cipriani

Sur ce nouveau disque, réalisé par l’as de l’électro Sebastian, l’artiste évoque, sur des claviers grisants, la mort de son père et de sa sœur.

Rest, c’est le premier mot gravé sur les pierres tombales (rest in peace, repose en paix en français). Après la mort de sa sœur Kate, Charlotte Gainsbourg est déménagée à New York avec son mari, Yvan Attal, et leurs enfants. On pourrait même dire qu’elle a fui Paris, qu’elle s’est éloignée pour pouvoir vivre son deuil et tenir le coup.

La tragédie a rendu impérative la production de disque déjà entamée. Charlotte Gainsbourg évoque aussi sa timidité et son statut d’artiste, en plus de chanter en français pour la première fois de sa vie adulte.

Encore une fois, elle a su s’entourer de compositeurs hors pair pour lui confectionner un disque à son goût. Après Air et Beck, c’est au tour du producteur et mixeur français Sebastian de faire équipe avec elle, pour des musiques beaucoup plus électroniques. Le style abrupt et grandiose de Sebastian (collaborateur de Katerine et de Frank Ocean) s’adoucit pour aller vers des compositions plus ensorcelantes que disparates.

Par contre, c’est Guy-Manuel de Homem-Christo, de Daft Punk, qui signe la boucle de la chanson-titre. Autre cadeau : Songbird in a Cage, offerte par Paul McCartney. Dans Living with You, Charlotte Gainsbourg raconte la mort de son père, la vue troublante de sa dépouille. La très intime et très touchante Kate porte évidemment sur sa sœur Kate Barry, talentueuse et sensible photographe morte il y a quatre ans, après avoir chuté du quatrième étage de son appartement parisien.

Charlotte Gainsbourg s’est longtemps empêchée d’écrire, par peur qu’on la compare avec son célèbre père. On peut comprendre. Être la fille de deux icônes produit aussi un effet de halo et la filiation ouvre des portes. Toutefois, il fallait quand même du courage pour dévoiler ses propres mots, surtout qu’elle offre des propos très intimes, porteurs de chagrins et qui se lovent comme des bijoux délicats au creux du boîtier à musique scintillant de Sebastian. Chaque chanson ouvre un nouveau tiroir rempli de sons, parfois avec une touche rétro. D’ailleurs, à l’écoute des tempos entraînants, on ne croirait pas les chansons si troublantes d’intimité. Les rythmes se laissent même aller à la légèreté du disco dans Deadly Valentine.

La touche française
Il se dégage de Rest une atmosphère envoûtante et fantomatique, sans jamais aller vers la lourdeur ou le drame. La chanteuse a toujours cette voix anémique que la presse française compare parfois à celle de Mylène Farmer. Nous n’attendons toutefois pas de prouesses vocales de sa part. Ce n’est pas pour ça qu’on l’aime, mais plutôt pour sa douceur, sa discrétion et le mystère qu’elle dégage. On a ici l’impression de retrouver la voix qu’on entendait sur Charlotte for Ever en 1986, alors enfant du star-system de l’Hexagone. Il y a longtemps qu’on l’affectionne ici aussi, cette femme qui se révèle de plus en plus.