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John Eliot Gardiner et la Passion selon Saint-Matthieu de Bach : quoi de neuf?

L'écoute est terminée

Par
Frédéric Cardin

Le chef d’orchestre John Eliot Gardiner est non seulement un grand artiste et un grand directeur musical, il est aussi l’un des plus fabuleux interprètes de la musique de Bach. À la tête du Chœur Monteverdi et de l’ensemble English Baroque Soloists, il est donc parfaitement placé pour offrir une nouvelle lecture très attendue de la Passion selon Saint-Matthieu de Bach.

Ce n’est bien entendu pas une première pour Gardiner : il dirige abondamment cette Passion, chef-d’œuvre parmi les chefs-d’œuvre, en concert. Ce n’est pas une première sur disque non plus, car il en avait réalisé une interprétation mémorable en 1988 pour l’étiquette Archiv, avec les mêmes forces, sauf les solistes. À l’époque, la vivacité de ses tempos et l’urgence insufflée dans la partition lui avaient valu les accolades du public et des critiques.

Quelle différence, cette fois? S’est-il assagi? L’âge lui a-t-il fait aborder l’œuvre d’une façon plus posée, ce que n’entrevoyait pas sa jeunesse d’il y a presque 30 ans? Pas du tout. Les tempos demeurent assez équivalents, la durée totale de l’enregistrement ne faisant que quatre minutes de plus que celle de la version de 1988.

La puissance des chœurs est la même; l’orchestre transpire la confiance absolue en ses moyens; la vision du chef est aussi lumineuse et passionnée qu’avant. Plein de détails emballants, auxquels Gardiner avait continuellement habitué les mélomanes.

Cela dit, les solistes n’ont pas tout à fait la même aura ni le même charisme que ceux d’hier. Ne remplace pas Anne Sofie von Otter, Michael Chance et Barbara Bonney qui veut, même si les James Gilchrist, Hannah Morrison et autres solistes de l’enregistrement actuel sont très bons.

Et puis, il y a la prise de son. Curieusement, celle du nouvel enregistrement ne me donne pas l’impression de rendre avec autant d’impact la puissance du Chœur Monteverdi. Dans l’enregistrement de 1988, on se sent littéralement soulevé par les masses sonores. Ici, on est touché, certes, mais pas au point de ressentir le frisson bienfaisant d’une expérience musicale pénétrante.

Qu’à cela ne tienne, il y a tout de même énormément de quoi être saisi d’émotion à l’écoute d’une Passion de Bach visitée par M. Gardiner.

Dans son livre Bach : musique dans le château du paradis, John Eliot Gardiner disait :

On se sent attrapé par la peau du cou à l’écoute de cette œuvre et forcé de faire face à de grandes questions : la nature du divin, l’identité ou ce qui arrive lorsque la Vérité doit affronter le Mensonge.

Des questions très actuelles, en effet.