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Constantinople et Marco Beasley : entrez dans la symbiose des civilisations

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Frédéric Cardin

L’ensemble Constantinople nous invite à plonger dans le temps et à nous imprégner totalement des mystères du sérail ottoman du 17e siècle. La porta d’Oriente est un programme musical inspiré d’un manuscrit aux relents d’arcanes secrets, rédigé par un Occidental intégré à la cour ottomane et rapporté en Europe en 1675 par le grand voyageur Antoine Galland, dans des bagages qui contenaient également le manuscrit des Mille et une nuits.

Se joint à Constantinople, dirigé par le toujours inspirant Kiya Tabassian, le ténor Marco Beasley, spécialiste de la musique vocale ancienne. Dès les premières secondes d’écoute de La porta d’Oriente, on se retrouve à baigner dans une atmosphère de beauté chamarrée et de mouvements ondoyants, telles des arabesques somptueusement texturées. Musique, chant et poésie récitée sur accompagnement instrumental se fondent sans heurt dans un concert magique qui stimule tous les sens. Un album qui convie tous et toutes dans une fête enluminée et chatoyante de tarentelles italiennes, de ghazals persans, de poésie sensuelle, d’arias lyriques (un air de Monteverdi!), d’hymnes soufis et de danses turques. Ici, pas de choc des civilisations. Plutôt un dialogue ouvert et créatif, ou, mieux encore, une symbiose inspirante.

La voix de Beasley est belle, à mi-chemin entre le ténor « travaillé », lyrique, et le chanteur populaire habitué au folklore et aux chants traditionnels. Des années d’expérience en font un véhicule incomparable pour ce répertoire.

Et du répertoire, parlons-en! Des créateurs turcs et perses, et des compositeurs italiens baroques (et une compositrice : Barbara Strozzi!) se mêlent les uns aux autres de manière naturelle, presque symbiotique.

Car, il faut le savoir, le sérail ottoman de cette époque était remarquablement ouvert aux influences extérieures. En particulier grâce à la présence d’Ali Ufki, né sous le nom de Wojciech Bobowski, un musicien occidental fait prisonnier par les Turcs au milieu du 17e siècle, puis intégré dans l’orchestre du sultan. C’est à travers son travail que le monarque ottoman a pu entendre la meilleure musique européenne, en plus de celle du monde musulman moyen-oriental de l’époque.

Ali Ufki (Bobowski s’est converti à l’islam et a pris ce nom musulman signifiant « celui qui vient de derrière l’horizon ») a passé son temps dans le sérail à prendre des notes, à transcrire en notations occidentales les mélodies qu’il y entendait, et il était amené à interpréter et à retranscrire certains chefs-d’œuvre de la poésie arabe, turque et perse. C’est ce petit manuscrit, sorte de grimoire musicopoétique merveilleux, qui est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France sous le titre bien insipide MS Turc 292. Ce document même rapporté par Antoine Galland, orientaliste passionné sans qui la traduction des Mille et une nuits ne se serait peut-être jamais faite.

Belle lignée historique, non? C’est bien là la magie de cette découverte et de cet album empreint de chaleur et de sensualité.

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