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Quatuor Molinari et Cameron Crozman : l’autre Einaudi

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Frédéric Cardin

Le violoncelliste Cameron Crozman (Révélation Radio-Canada en classique 2019-2020), le Quatuor Molinari et le quintette à vents Pentaèdre nous proposent de découvrir une facette insoupçonnée de la musique de Ludovico Einaudi grâce à l’album Ludovico Einaudi : musique de chambre, paru sous l’étiquette Atma. Au programme, des pièces ambitieuses écrites plusieurs années avant les succès hyper populaires (Divenire, Fly, Una mattina) qui ont placé le compositeur italien sur la carte des vedettes de la nouvelle musique instrumentale, et qui en ont fait un artiste très apprécié pour les bandes sonores de films (Intouchable, Mommy)!

Si vous connaissez déjà la musique ultra accrocheuse de Ludovico Einaudi, entendre ses compositions pour diverses formations de chambre datant de ce que l’on pourrait qualifier sa « première période » créative vous étonnera.

Il s’agit de compositions qui n’impliquent pas du tout le piano. Ici, elles sont soit pour violoncelle solo, soit pour quatuor à cordes ou pour quintette à vent. On savait déjà qu’Einaudi affectionnait les formules mélodiques répétitives et qu’il assumait pleinement le terme de minimaliste. Mais si la musique de sa période actuelle (la deuxième) se caractérise aussi par un lyrisme néo-romantique opulent, les compositions de cet album sont construites dans un esprit rythmico-mélodique plus exigeant, rappelant certaines œuvres de Steve Reich ou encore de Michael Gordon.

Canto, pour violoncelle seul, est à mon avis la plus accessible des pièces de l’album pour ceux et celles qui ne connaissent Einaudi qu’à travers ses partitions les plus souvent entendues dans les médias. La ligne mélodique se déploie et se répète doucement jusqu’à nous apaiser et nous réconforter. Cameron Crozman lui donne beaucoup de tendresse.

Corale, pour quatuor à cordes, semble provenir du même univers harmonique et dramatique que le fabuleux Different Trains, de Steve Reich, sans l’échantillonnage vocal. C’est dramatique, insistant et mémorable. Avec le Quatuor Molinari, ça devient du bonbon pour qui souhaiterait étoffer une trame sonore pour le cinéma, le théâtre ou la danse. À considérer absolument!

Les deux dernières pièces de l’album, Zoom et Ai margini dell’aria, sont conçues pour un quintette à vent (flûte, hautbois, clarinette, basson et cor), et c’est l’ensemble Pentaèdre, l’un des plus aguerris du genre, qui donne efficacement vie à ces deux univers sonores fascinants.

Zoom oscille entre épisodes de calme relatif (rappelant harmoniquement la 3e symphonie d’Arvo Pärt) et d’autres, résolument fébriles, voire nerveux et agités. Les cinq musiciens de Pentaèdre donnent dans ces portions de l’œuvre l’impression d’être des abeilles dans une ruche particulièrement active.

Finalement, Ai margini dell’aria, la plus ancienne pièce du programme (écrite en 1982), est aussi la plus exigeante en matière d’univers sonore. Si la pièce précédente pouvait nous présenter une ruche vivante et vibrante de sympathiques abeilles, celle-ci dessine plutôt une colonie de frelons envieux se préparant à une attaque en règle contre leurs cousines butineuses. Mystère, menace, puis déferlement, voilà comment se déroule ce scénario plutôt sombre, mais très intéressant.

Peu importe que vous aimiez ou non Einaudi le compositeur super vedette internationale actuelle, cet album à la fois original, surprenant et, surtout, magnifiquement enregistré et interprété à le grand mérite de nous présenter l’autre visage d’un artiste qu’il serait vain et superficiel de cantonner uniquement dans le rôle mélodiste facile.

Bravo Atma pour avoir eu cette idée!

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