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Quatuor Voxpopuli : émotions pour tous, et tous pour l’émotion

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Frédéric Cardin

Le Quatuor Voxpopuli, de Montréal, vient de sortir un premier album sous l’étiquette Atma. Au programme : l’Adagio et fugue en do mineur de Mozart et l’émouvant Quatuor no 15, op. 132, de Beethoven.

L’Adagio et fugue en do mineur de Mozart est l’une des rares fugues que ce dernier a écrites. C’est en tous les cas sa meilleure. Vous le devinez peut-être, il s’agit d’un hommage à Bach, le champion toute catégorie de cette forme musicale complexe. À l’époque de Mozart, et même celle de Beethoven et au-delà, la fugue était un exercice perçu comme totalement démodé, voire indigeste et cérébral. Mais pour Mozart, c’était une composition basée sur une admiration sincère pour le vieux Bach. 

Il y a mis tout son savoir théorique, en plus, inévitablement, de lui imprimer sa propre marque avec des couleurs, des harmonies et une certaine légèreté (mais non pas superficialité!) caractéristiques de son tempérament solaire. Le résultat est un court chef-d’œuvre à la fois sérieux et détendu, que le Quatuor Voxpopuli rend ici avec une très agréable souplesse.

Le Quatuor à cordes no 15, op. 132 de Beethoven est d’une autre stature. Il ne s’agit pas d’un simple exercice de style, mais d’une composition empreinte d’une forte expression personnelle et intime. En effet, quelques mois avant sa composition, à l’automne 1825, Beethoven a été gravement malade. Il a frôlé la mort, dit-on. On sent ainsi que le Quatuor a servi d’exutoire pour les émotions qui étreignaient le compositeur si peu de temps après cette période difficile. Le troisième mouvement, d’ailleurs, est intitulé, par Beethoven lui-même, Chant sacré d'action de grâce d'un convalescent à la Divinité dans le mode lydien. 

Des spécialistes le considèrent comme l’un des sommets de la musique en général. Ce que la postérité semble avoir consacré, puisqu’il a inspiré de nombreux artistes, tels que les auteurs T.S. Eliot et Aldous Huxley.

Des versions atteignant des sommets de qualité himalayens existent pour tous les quatuors de Beethoven, dont celui-ci bien entendu. On peut penser aux quatuors Hagen, Tokyo, Alban Berg, Takacs, Belcea, Orford, etc. Il serait fastidieux de faire des comparaisons point par point, ou même générales, ici.

Mais on ne peut nier l’élégance des traits et des phrases dessinées par les membres du Voxpopuli, Antoine Bareil et Uliana Drugova, aux premier et second violons, Bojana Milinov à l’alto et Ioav Bronchti au violoncelle (il faut noter que depuis la captation en studio, Amina Myriam Tebini a remplacé Bojana Milinov à l’alto comme membre de l’ensemble). Notons également l’efficace construction émotionnelle qui se dégage du scénario musical proposé par l’ensemble.

Le Quatuor Voxpopuli n’a manifestement pas froid aux yeux en s’attaquant, dans un premier album, à un répertoire si chargé d’histoire et de références interprétatives. Disons que, si pari il y avait, il est somme toute réussi, et nous laisse surtout entrevoir de belles promesses pour l’avenir.

Quatuor Voxpopuli

Le Quatuor Voxpopuli, fondé en 2017, est l’ensemble résident des Concerts Voxpopuli, une série qui est elle-même une extension de l’organisme Opéra/théâtre Voxpopuli, fondé en 2006 entre autres par Paul Buissonneau et Joseph Rouleau.

L’idée derrière tous les différents avatars du concept Voxpopuli, c’est d’amener l’opéra, le théâtre et maintenant la musique classique à un public large, non connaisseur, fait d’enfants et d’adultes.

Le Quatuor Voxpopuli, dont la devise est « Le classique libre », aime transformer l’expérience du concert classique en événement à la fois décontracté, amusant, enrichissant, rigoureux et passionnant, avec mise en situation, narration, etc. Un animateur/conférencier, Patrick Mathieu (qui était aux côtés de Paul Buissonneau en 2006!) distille anecdotes et informations de façon amusante et parfois désinvolte, dit-on, lors des concerts du Quatuor. 

Je ne peux m’avancer à témoigner, car je n’ai personnellement (et à mon grand regret) jamais assisté à l’un des événements de l’ensemble. Mais je sais maintenant que, considérant la qualité musicale révélée par cet album Atma, je serai assurément l’un des premiers à aller les voir sur scène, lorsque la malédiction de la COVID-19 sera chose du passé, bien entendu. Je crois que vous aurez la même conviction que moi aussitôt après avoir pesé sur le bouton « Play  ».

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