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Zoltan Fejérvári : jeune et déjà impressionnant

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Frédéric Cardin

Le pianiste hongrois Zoltan Fejérvári (Fe-yer-va-ri), qui a été le grand lauréat du Concours musical international de Montréal en 2017, sort son deuxième album (mais son premier sous l’étiquette québécoise Atma), qu’il consacre à la musique de Robert Schumann. À peine en début de trentaine, le jeune artiste impressionne déjà énormément.

Les œuvres choisies par Fejérvári pour son programme ne sont peut-être pas les plus célèbres du compositeur, mais elles sont merveilleusement charmantes et indéniablement riches en émotions.

Les Waldszenen (Scènes de la forêt), op. 82, ont été écrites lors de l’une des périodes les plus actives de Schumann, tout juste avant le basculement psychologique qui le mènera à la mort. C’est une sorte de retour aux plus célèbres Kinderszenen (Scènes d’enfants) de 10 ans auparavant, c’est-à-dire une suite d’agréables et courtes petites histoires habilement caractérisées. Le thème de la forêt donne lieu bien entendu à des rencontres à la fois délicates et mélancoliques avec un chasseur, des fleurs solitaires, une auberge, un lieu maudit et mystérieux, et quelques airs qui rappellent aimablement des mélodies populaires. L’Oiseau prophète annonce même, si on prête l’oreille attentivement, un Ravel pas encore né.

Les Nachtstücke (Nocturnes), op. 23, ont été écrits au moment où Schumann traversait la dure épreuve de la mort de son frère. Deux des quatre pièces du cycle expriment une certaine gravité, alors que les deux autres sont plutôt vigoureuses, manifestant un désir, sinon un besoin, d’ardeur et de lumière.

L’Humoresque, op. 20, aussi appelée Grande humoresque, n’a pas grand-chose à voir avec l’humour, mais plutôt avec l’humeur. Ce type de pièces (car plusieurs compositeurs ont écrit des partitions portant ce titre) offre à celui qui les conçoit une certaine liberté de traitement dans la forme et les émotions véhiculées.

Schumann a écrit cet ensemble de sept morceaux à l’époque où il était au désespoir de pouvoir épouser sa Clara bien-aimée. En effet, celle-ci venait d’être envoyée par son père à Paris, loin de Robert. Friedrich Wieck, le papa, était férocement (le terme n’est pas exagéré!) opposé à cette union.

Pour l’occasion, Schumann a écrit ce cycle plein de personnalité et d’invention, en pensant à Clara.

Je suis resté assis à mon piano pendant toute la semaine et j’ai composé, écrit, ri et pleuré, tout à la fois; tu trouveras tout cela joliment dépeint dans mon opus 20, la Grande humoresque, qui est déjà à l’impression

Robert Schumann, dans une lettre adressée à Clara

Zoltan Fejérvári s’annonce comme un pianiste à l’avenir brillant. Il fait preuve d’une technique soignée, focalisée sur la clarté et le sens du phrasé plus que sur la simple virtuosité, et cela ne pourra que nous donner des interprétations touchantes et émouvantes des chefs-d’œuvre du répertoire.

Bravo!

Zoltan Fejérvári lors de la finale du Concours musical international de Montréal en 2017 :

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