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Soleil de lune, entre mer et feu de Mamselle Ruiz : une danse ininterrompue 

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Par
Ariane Cipriani

En plus de déclarer son amour à Montréal, Mamselle Ruiz célèbre les musiques latines dans ce qu’elles ont de plus vivifiantes.

Deux ans après avoir joué aux braqueuses de bonheur avec son amie Bïa pour le disque Bandidas, Mamselle Ruiz revient en solo et en force, soutenue cette fois par Dominic Gamelin. En plus de se charger de plusieurs instruments, son complice des 10 dernières années assure la prise de son, les arrangements et la coréalisation de ce nouvel opus.

Un coup de soleil sur notre hiver indocile, voilà ce qu’est ce troisième disque de Mamselle Ruiz. Car celle-ci conjugue bien les deux : née dans la chaleur du Mexique, elle a choisi de s’établir ici, où le froid revient nous mordre les joues chaque année. La dualité coexiste aussi dans sa musique : l’exubérance et l’introspection, ou le dynamisme et la mélancolie.

L’instrumentation foisonnante consiste en des guitares franchement ruisselantes auxquelles s’ajoutent de nombreuses percussions et des cuivres radieux. La voix puissante et franche de la chanteuse ajoute de l’ardeur aux tempos modérés.

C’est une déclaration d’amour à la métropole qu’elle avait d’abord dévoilée pour annoncer l’album. Pour elle, Montréal est un kaléidoscope aux mille couleurs et aux mille plaisirs. Cette chanson, composée en 10 minutes et qui s’appuie sur un rythme mozambique, avait d’ailleurs été nommée Coup de cœur du jury au concours Montréal Muse 2017. Parmi les autres compositions originales, la chanteuse signe l’excellente Cambiar de piel, une variante de cumbia,et proposeaussi son propre hommage à la lune avec Luna de Runa.

Cette saltimbanque de cœur (et acrobate des pieds, lorsque juchée sur ses échasses au Cirque du Soleil) nous fait également voyager au quatre coins de l’Amérique latine, avec plusieurs relectures de grandes pointures sud-américaines.

Farniente

Accompagnez ces moments doux où le temps semble élastique de chansons estivales qui puisent dans les musiques caribéennes, antillaises et latines. Une sélection musicale dominée par la guitare acoustique et les textures caressantes et ponctuée de rythmes africains chaloupés.  Cesaria Evora, Daby Touré, Antonio Carlos Jobim, Emeline Michel, Rommel Ribeiro, Ayo, Jorge Ben Jor, Alex Cuba, Henri Salvador, Israel Kamakawiwo?ole, Manou Gallo.  Cette liste d'écoute aléatoire et gratuite a été préparée avec soin par notre équipe.

Le boléro et ses romances...

La chanteuse solaire se tourne vers l’astre de la nuit avec Lumière de lune, son adaptation de Luz de Luna, une des chansons populaires d’Alvaro Carillo que les Mexicains connaissent par cœur.

Le boléro est aussi célébré avec Lágrimas Negras, cette histoire d’une femme quittée pour une autre qui a inspiré le Cubain Miguel Matamoros et qui est vite devenue un classique à la suite de sa création en 1929. Et après Nat King Cole, Pink Martini et tant d’autres, voilà que la chanteuse nous offre sa propre mouture de Quiza, quiza, quiza.

Avec La rosa de Juana, on voyage encore plus loin dans le temps. La chanson donne à entendre une partie du poème A una rosa de Juana Inés de la Cruz. Femme de lettres, religieuse, philosophe et féministe avant l’heure (17e siècle!), cette lectrice vorace et auteure productive a refusé le mariage. Elle a aussi revendiqué le droit au savoir, prôné l’égalité homme-femme et scandalisé l’Église par son audace et son intelligence redoutable.

Femmes du monde

Des musiques arabes, africaines, antillaises, sud-américaines, etc. chantées par des femmes talentueuses, engagées et audacieuses. Ces femmes nous racontent l'amour et le quotidien, et sont souvent la voix libre revendiquant le respect de leurs consœurs du monde entier.

Cesaria Evora, Miriam Makeba, Angélique Kidjo, Melina Mercouri, Afrika Mamas, etc.

Cette liste d'écoute aléatoire et gratuite a été préparée avec soin par notre équipe.

Quand le Mexique rencontre Aznavour et Félix

Mamselle Ruiz passe joliment au verbe français avec sa version de La bohème d’Aznavour. La guitare prend le relais du piano, pour une relecture qui délaisse la nostalgie au profit d’une ivresse joyeuse. La chanteuse explique : « C'est la première chanson en français que j'ai jamais chantée! Je ne savais pas m'exprimer en français, mais je savais chanter cette chanson. Elle est pour moi le lien vers l'apprentissage de la francophonie. Charles Aznavour m'inspire beaucoup. Il avait la capacité de toucher les gens. »

Elle nous fait ensuite tournoyer dans son interprétation du P’tit bonheur de Félix Leclerc, dans un style son jarocho, un rythme très rural de l’est du Mexique :« J'ai aussi voulu l'habiter d'une façon dramatique, j'ai suivi l'histoire qu’elle raconte et je me suis laissé emporter. »

Avec son ardeur, Mamselle Ruiz enlumine tout ce qu’elle touche. Il faut la voir en spectacle, cette acrobate aux pieds bien campés sur le sol qui déploie toute sa dimension dès qu’elle monte sur scène. Une saltimbanque, une artiste solaire, qui virevolte dans les longues jupes, ses longs cheveux suivant les mouvements d’une danse ininterrompue. D’ailleurs, l’étymologie du mot boléro viendrait du surnom volero, qui veut dire « danseur volant ». C’était le surnom de Sebastián Lorenzo Cerezo, qui a inventé cette danse. Entre le soleil et la lune, peut-être!