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György Ligeti : le génial marginal

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Frédéric Cardin

La musique de György Ligeti est d’une féroce indépendance d’esprit. Musicalement parlant, le compositeur dont les films 2001 : l’odysée de l’espace, Shining et Shutter Island ont popularisé les partitions, n’a jamais été politiquement correct. L’album Six bagatelles/Kammerkonzert/Dix pièces pour quintette à vent, de l’ensemble Les Siècles, dirigé par François-Xavier Roth, rend hommage à un génial marginal.

Je suis né en Transylvanie et suis ressortissant roumain. Cependant, je ne parlais pas roumain dans mon enfance et mes parents n’étaient pas transylvaniens. […] Ma langue maternelle est le hongrois, mais je ne suis pas un véritable Hongrois, car je suis juif […], un juif assimilé. Je ne suis cependant pas tout à fait assimilé non plus, car je ne suis pas baptisé.

György Ligeti

La musique de Ligeti, résolument contemporaine, puise néanmoins à des sources que visiteront peu ou pas du tout d’autres paladins de l’avant-garde du 20e siècle comme Boulez ou Stockhausen. Pour Ligeti, la musique médiévale aussi bien que les folklores européens ou les musiques traditionnelles africaines ou du Sud-est asiatique ont de la valeur et lui permettent de peaufiner son style et son esthétique.

Les Bagatelles sont espiègles et rappellent les gestes de Stravinsky, par exemple. C'est une œuvre de jeunesse.

Le Kammerkonzert (concerto de chambre) est issu de la maturité de Ligeti. La musique, les textures, les couleurs, tout est hyper densifié, resserré et même répété mécaniquement, comme s’il suffisait d’un strict minimum de moyens pour parvenir à dessiner une trame remarquablement expressive. On débute dans la douceur en se dirigeant irrémédiablement vers le chaos. Fascinant.

Les Dix pièces pour quintette à vent ont elles aussi une structure peu banale : à mesure qu’on avance, les instruments s’expriment de plus en plus dans l’aigu. La décade est divisée en cinq duos vite-lent qui offrent à chaque instrument soliste d’un quintette à vent traditionnel (flûte, hautbois, clarinette, basson, cor) la partie la plus exposée, comme de mini concertos.

L’ensemble Les Siècles fait vibrer ces partitions foisonnantes, et François-Xavier Roth y est remarquablement à l’aise.

La musique de Ligeti n’est pas « facile », mais pas « difficile » non plus. Le compositeur la qualifiait lui-même comme « élitaire-démocratique ». C’est-à-dire que chacun doit pouvoir y pénétrer, avec un effort.

Ligeti prenait les auditeurs pour des gens intelligents, et il en appelait à cette intelligence, caractérisée par la soif de connaître et d’être surpris, déstabilisé, même. Voilà une attitude artistique on ne peut plus appropriée en ce début de 21e siècle, non?