Chargement en cours

avec   ·   par
avec   ·   par
En chargement...
Erreur de chargement.

Orchestre national de jazz de Montréal : grande symphonie jazz et mystique

L'écoute est terminée

Par
Frédéric Cardin

L’Orchestre national de jazz de Montréal (ONJM), le seul ensemble de sa catégorie au Canada, existe depuis 2012 et ce Mystic Mind, fraîchement arrivé, est déjà le troisième album du groupe élite. Après avoir donné vie à la musique de deux grandes compositrices canadiennes (Marianne Trudel et Christine Jensen), c’est celle de Jean-Nicolas Trottier qui s’anime ici magistralement.

Mystic Mind est un voyage inspiré et inspirant dans une sorte de métaphysique sonore qui n’a heureusement rien du pelletage de nuages théorique. Trottier s’amuse avec des thèmes et des motifs dont il fait permuter les textures, les reflets et les éclats selon leur passage dans les différentes sections de l’orchestre. Les espaces de liberté octroyés aux trois solistes (exceptionnels) qui sont en vedette, sont importants mais bien intégrés à l’ensemble.

Yannick Rieu est au saxophone, Rafael Zaldivar au piano et Sylvain Provost à la guitare.

Ça groove ici, ça plane ailleurs, ça séduit par la construction de fantastiques moments de luminosité sonore et ça interpelle la curiosité musicale en quête d’expériences à la fois nourrissantes et divertissantes.

Musique à la fois écrite et improvisée, Mystic Mind (à l’instar des deux opus précédents) est une musique savante qui s’écoute bien et non une aventure avant-gardiste et expérimentale. C’est certes une musique exigeante, mais prise dans le sens d’une exigence à laquelle « porter attention », à « prendre le temps d’écouter », et non pas seulement à laisser tourner en trame de fond pour créer une ambiance.

La récompense d’un tel investissement sera enrichissante et pleinement satisfaisante pour l’oreille.

Orchestre de jazz vs big band

L’Orchestre national de jazz de Montréal est techniquement un big band, mais il ne s’appelle pas ainsi. Coquetterie ou véritable distinction?

Explications.

Depuis presque le début de l’ère des big bands, les musiciens et musiciennes de jazz, surtout ceux et celles qui composent, ont eu envie d’écrire (et de jouer!) leurs symphonies, leurs concertos, à l’image des orchestres symphoniques.

L’un des premiers chefs-d’œuvres du genre est le génial Black, Brown and Beige, de Duke Ellington, grand poème symphonique pour big band et métaphore de l’afro-américanité. 

Charlie Mingus a lui aussi écrit un bijou, largement ignoré en son temps et même aujourd’hui encore, intitulé Epitaph, un titre un brin teinté d’ironie, car il prévoyait lui-même que cette pièce ne deviendrait véritablement écoutée que bien après sa mort.

Le Canadien Gil Evans a lui aussi réalisé de fabuleuses plages orchestrales jazz, principalement en format d’arrangements, cela dit.

Toutes ces œuvres avaient quelque chose d’occasionnel et d’éphémère. Elles étaient presque des exercices de style (géniaux) en « haute musique », avant de revenir aux formats plus « naturels » et surtout populaires du jazz en petit format, ou du big band de danse, celui qui swingue, ou celui qui sert d’écrin à des solistes incroyables, tels Miles Davis ou John Coltrane.

Puis, est venu Wynton Marsalis, qui a créé une nouvelle identité pour le big band, lui a donné une raison d’être autonome sans être associé strictement à la danse avec son Jazz at Lincoln Center Orchestra, pour lequel il a écrit des œuvres riches et complexes, imitant les formes classiques dans leur ampleur.

Cette révolution s’est concrétisée davantage grâce à Maria Schneider, qui a fondé son orchestre, le Maria Schneider Orchestra. Avec celui-ci, elle a joué exclusivement des compositions (souvent les siennes) étoffées pour un grand orchestre de jazz.

Vous aurez certainement remarqué la dénomination de ces deux ensembles : aucun ne porte le nom big band. La différence entre les deux s’affirme de plus en plus clairement : le big band est un ensemble plutôt rétro, jouant des pièces dansantes, et l’Orchestre de jazz ressemble de plus en plus à un ensemble consacré à la musique de création, « savante », plus près de la sophistication classique que de la légèreté swing. Bien entendu, il y a des exceptions, mais la tendance est indéniable.

La France a fondé son propre Orchestre national de jazz en 1986, et maintenant, le Canada a le sien grâce à l’ONJM, qui réunit une partie de la crème du jazz montréalais.