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Common Holly sonde la déprime entre douceur et distorsion

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Par
Ariane Cipriani

La musicienne montréalaise propose un excellent deuxième disque de chansons folk rock ensorcelantes, invitant l’auditeur dans un intrigant voyage de textures sonores et de récits sombres.

Il y a ce sentiment délicieux, quand on entame l’écoute d’un disque, de plonger dans l’univers singulier d’un artiste. De découvrir une musique difficilement imitable. C’est ce qui s’est produit en 2017 avec Playing House, le premier disque de Brigitte Naggar, alias Common Holly, qui priorise la confection, l’exploration et les textures plutôt que le refrain accrocheur.

L’artiste propose ce mois-ci When I say to you Black Lightning, la suite logique du premier disque, qui expérimente davantage l’électroacoustique et l’atonalité. Elle nous offre des paysages sonores encore plus amples, sur lesquels elle pose toutes sortes de douleurs et de doutes. On devine que Common Holly puise à même ses expériences très personnelles, mais il se dégage de ses propos métaphoriques et de ses orchestrations l’impression d’une certaine retenue. L’auditeur n’est pas précisément situé, et ce flou contribue à l’atmosphère brumeuse de la musique. Dans le premier extrait, Central Booking, sur l’enfermement, elle captive en prenant des avenues mélodiques étonnantes et des phrases entêtantes ("I’m Sorry New York Broke You").

Entre délicatesse et rugosité
Guitare et voix : voilà les deux composantes principales de la musique de Common Holly, deux éléments qui permettent la rencontre du délicat et du rugueux. La musicienne a le chant doux, gentil. On peut se méprendre avec cette voix inoffensive, car du côté de la six-cordes, qu’elle introduit souvent avec la même douceur, elle n’hésite pas à exploiter toutes les textures, parfois jusqu’à un crescendo de distorsion totale, par exemple dans Crazy.

Elle sait comment créer de la tension, voire du mystère avec une instrumentation volontairement enchevêtrée. Pour créer cette atmosphère captivante, Common Holly pare aussi ses chansons de violoncelle, de clavier et de chœurs. Dans la courte Measured, chaque instrument semble puiser à la même tristesse, pour un résultat étonnamment lisse.
Sur l’enivrante It’s Not Real, la chanteuse s’adjoint un chœur bien précieux : celui de la foule, enregistré lors d’un spectacle à Toronto.

Beaucoup d’admirateurs aux États-Unis
D’où vient-elle, cette musicienne discrète dont le public s’étend ici de Montréal à Vancouver, et des États-Unis à l’Australie? Née à New York, elle a passé la majorité de sa vie à Montréal et étudié les sciences religieuses à McGill avant de faire un premier disque, sur lequel Jean-Michel Blais joue quelques notes. Le disque a attiré l’attention de Solitaire Records et Common Holly sera la première Canadienne à signer avec la compagnie australienne.

De retour à Montréal le 26 novembre prochain pour un spectacle à la Casa del Popolo, elle poursuivra ensuite sa tournée aux États-Unis jusqu’à Noël pour y présenter une douzaine de spectacles, de New York à Seattle.

La déprime va si bien à Common Holly qu’on suit celle-ci dans les méandres de ses tourments. En cette période où la lumière se fait de moins en moins présente, cet album gris et grisant arrive à point.

Enivrante

De la pop épique au post-rock, en passant par l'électro ambiant, parcourez ce paysage sonore parsemé de cathédrales instrumentales où l'électronique se fond dans l'organique. Des chansons hors format, planantes à souhait.

Godspeed You! Black Emperor, Forêt, Navet Confit, Silver Mt. Zion, Braids, Esmerine, Tanya Tagaq, etc.

Cette liste d'écoute aléatoire et gratuite a été préparée avec soin par notre équipe.