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Je suis Africain, de Rachid Taha : l’ultime album du rocker nomade

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Par
Claudia Beaumont

Avec Rachid Taha, tout était culture de proximité; Douce France, de Charles Trenet, se voulait autant la sienne, à lui, l’Algérien d’origine, que le raï et le chaâbi, qu’il a impunément dopés au punk rock. Mort le 12 septembre 2018, quelques jours avant son 60e anniversaire, le maître du rock’n’raï nous a laissé une œuvre aussi rassembleuse qu’enragée, dont le dernier chapitre rappelle avec éloquence la raison de son engagement artistique : combattre le racisme en ralliant les musiques des continents. Voici l’album posthume Je suis Africain, onzième opus de Rachid Taha.

Vidéoclip : Je suis Africain
Il est mort deux jours avant le tournage.


Nous sommes Africains

Voilà deux ans que Rachid Taha travaillait sur ces 11 chansons, composées ici et là, entre la France et l’Afrique. Le Mali, pays voisin de celui où il est né, constitue la toile de fond de Je suis Africain, un bel hommage à ses origines et à celles du monde, qui bat au rythme de l’afro-beat maghrébin (un délicieux fruit du métissage musical).

« Je suis Africain de Paris à Bamako/Mandela, Africain, La Kahina, Sfricaine, Malcolm X, Africain, Kateb Yacine, Africain, Jimi Hendrix, Africain, Jacques Derrida, Africain… »

– Rachid Taha, Je suis Africain

Cette chanson, c’est l’évocation du paradis terrestre dont rêvait depuis toujours le chanteur franco-algérien. Véritable fil d’Ariane de sa musique, ses mots et sa démarche artistique s’évertuaient à défricher un futur pour une jeunesse métissée, ouverte à la différence et soucieuse de ses racines, une jeunesse autorisée à grandir là où elle veut, surtout.

Tous les Rachid Taha

En outre, c’est un Rachid Taha multiple qu’on prend plaisir à redécouvrir. De ses débuts punk avec le groupe Carte de séjour (Andy Walhoo), à l’enchanteur nonchalant (Wahdi), allumé par la voix céleste de Flèche Love et la trompette mariachi, les contrastes demeurent fidèles à son esprit libre. Toujours en terrain tendre, Minouche nous rapproche de sa voix; son souffle de bon vivant, débonnaire et festif, rappelle le Rachid farceur.

Puis, il y a la star du rock, qui à l’instar du derviche tourneur, aspire à tourner encore et encore, tout en interrogeant, sourire en coin et jeux de mots plein le chapeau, les exigences de son industrie (Like a Dervish). Et toujours, bien qu’il évoque des thèmes d’injustice et de quête de liberté, nous retrouvons l’infatigable Rachid Taha, pour qui la danse appelle autant à la détente qu’à la sédition.

Précisions enfin que Je suis Africain n’est pas le fruit d’un seul homme, mais d’une équipe sous l’égide du réalisateur, Toma Feterman. L’alchimiste des croisements musicaux a su broder habilement les multiples influences musicales du chanteur franco-algérien sur un même album, réunissant ainsi, le temps de quelques chansons, l’Orient et l’Occident. Voilà qui nous laisse une image heureuse de Rachid Taha.