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Les belles lettres musicales du compositeur montréalais Airat Ichmouratov

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Frédéric Cardin

Le Russo-Canadien Airat Ichmouratov est chef d’orchestre, clarinettiste et surtout compositeur. L’album Letter from an Unknown Woman, qui vient de sortir sous étiquette Chandos, présente une musique très facile d’approche écrite dans les dix dernières années.

J’ai été influencé jusqu’à ce jour par Chostakovitch, Prokofiev, Moussorgski, Rachmaninoff et Tchaïkovski. Mon style musical s’est développé à partir de ce riche héritage

Airat Ichmouratov

Cette citation du compositeur établi à Montréal depuis 1998 est révélatrice, car ce sont exactement les références musicales qui viendront à l’esprit du ou de la mélomane qui écoutera cet album.

Pour le public nouveau venu dans cet univers, ce seront plutôt les sonorités et les mélodies attrayantes, oscillant entre joie de vivre et mélancolie, allant parfois jusqu’au drame expressif et cinématographique, qui serviront d’accroche.

Si les mondes sonores de Prokofiev, de Chostakovitch ou de Rachmaninov sont des influences omniprésentes, Ichmouratov, en tant que membre de l’ensemble klezmer montréalais Kleztory, insère tout de même dans ces recettes bien connues des épices juives en quantité suffisante pour teinter sa musique d’une personnalité affirmée. Il est vrai que Chostakovitch et Prokofiev en particulier faisaient parfois appel, eux aussi, à ce type de référents musicaux et stylistiques. Mais chez Ichmouratov, c’est une marque constante. Ce qui est d’autant plus remarquable quand on sait que le compositeur est de souche musulmane.

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Malgré le fait que la musique d’Ichmouratov n’offre pas réellement une nouvelle conception de la musique, le talent du compositeur pour dessiner des lignes mélodiques et harmoniques touchantes, parfois poignantes, est indéniable.

On s’attache à son univers tout simple, comme on le ferait à la trame sonore d’un film de qualité.

Son Concerto grosso no 1, qui ouvre l’album, comprend deux mouvements extérieurs (1er et 3e) alertes, voire espiègles, encadrant un mouvement central sombre et parfois menaçant. Il est dédié à Yuli Turovsky, fondateur d’I Musici de Montréal.

Les Trois romances pour alto, cordes et harpe, dédicacées à Éléonora Turovsky, femme de Yuli, sont empreintes de tendresse et de retenue.

Finalement, l’Octuor en sol mineur, pour cordes, sous-titré Letter from an Unknown Woman, baigne dans une aura de romantisme et de mystère. C’est approprié, car la source littéraire à la base de l’œuvre est une brève nouvelle de Stefan Zweig du même titre et dans laquelle une femme anonyme écrit une lettre d’amour (non réciproque) à un auteur célèbre, qui ne la reconnaît pas malgré une union fugace des années auparavant et un enfant issu de cette union. L’enfant maintenant décédé, et son amour laissé sans réponse, la femme révèle son désintérêt pour continuer à vivre.

Encore une fois, la musique ne fait pas preuve d’une profonde originalité, mais elle est sincèrement touchante et surtout très accessible à un très large public.

Les solistes Elvira Misbakhova à l’alto (et conjointe d’Ichmouratov) et Oksana Sushkova à la harpe s’expriment avec conviction, justesse et une très belle sonorité. L’Orchestre de chambre de l’État biélorusse dirigé par Evgeny Bushkov est convaincant dans cette musique enracinée dans un langage musical qu’il connaît déjà très bien.

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