Chargement en cours

avec   ·   par
avec   ·   par
En chargement...
Erreur de chargement.

Cheng2 Duo : la Russie, passionnément

L'écoute est terminée

Par
Frédéric Cardin

Silvie et Bryan Cheng forment Cheng2 Duo. Le duo piano-violoncelle canadien vient de sortir un généreux troisième album de plus de deux heures de musique russe, intitulé Russian Legends.

Au programme de Russian Legends, les trois plus grandes sonates pour violoncelle et piano du répertoire russe, celles de Rachmaninov, de Chostakovitch et de Prokofiev, auxquelles s’ajoutent quelques courtes pièces individuelles de Tchaïkovsky, d’Arensky, de Scriabine, de Glazounov et de Rachmaninov (dont sa fameuse Vocalise).

L’âme artistique russe est empreinte d’émotions, on pourrait dire de pathos, aussi intense que profond. On peut le surjouer, bien sûr. C’est même facile, et ça marche la plupart du temps. On peut aussi essayer de le dompter, de le réduire à ses composantes structurelles, sa cérébralité, mais cela ne rend pas hommage à toute sa charge expressive, bien entendu.

Bryan et Silvie (les deux originaires d’Ottawa, et Bryan ayant été l’un des derniers élèves de Yuli Turovsky à Montréal) s’affirment assurément comme faisant partie de la première famille, sans toutefois enfler la rhétorique exagérément.

Il y a du drame, du théâtre même dans ces interprétations. La musique russe est pleine de rebondissements, de contrastes et de changements de cap émotifs. Cheng2 Duo (on prononce « Cheng squared », comme dans « Cheng au carré ») joue avec élégance et panache, mais aussi avec une impressionnante puissance sonore.

On remarque surtout la solide architecture discursive construite par les deux jeunes artistes. Cela peut paraître un tantinet cérébral comme description, mais ça a une incidence non négligeable sur la manière avec laquelle on « reçoit » la musique.

On se couche moins niaiseux ce soir :

Chaque pièce de musique est construite comme un scénario, que celui-ci soit explicite ou non. Un scénario est fait de phrases. Pour donner vie à une histoire, on doit la raconter en modulant ses intonations, en rythmant ses attaques, son débit, parfois subtilement, parfois plus exagérément. C’est une narration active. Déclamer Molière sur le même ton, tous les mots égaux en cadence uniforme, serait ennuyeux à mourir. C’est la même chose en musique. Il y a des phrases, qui sous-tendent des idées, qui sous-tendent à leur tour un discours d’ensemble. Cela semble évident, et ça l’est en principe. Mais c’est dans l’exécution subjective de toutes ces nuances que la musique prend vie, avec plus ou moins d’efficacité, ou parfois avec de grandes différences qui font de cet art, particulièrement celui issu de ce genre de répertoire, une langue vivante et vibrante. C’est l’architecture fondamentale d’une pièce, et les musiciens sont des bâtisseurs sensitifs, comme des enfants inspirés qui construisent avec des blocs Lego immatériels.

À l’image des interprétations, le programme oscille entre lyrisme puissamment incarné, ironie mordante, humour sardonique, tendresse affective et douceur aérienne.

Vous souhaitez être informé de tout ce qui touche la musique classique sur ICI Musique?

Abonnez-vous à notre infolettre classique!