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The Moment : Antony Carle et son invitant récit de l’expérience queer

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Nathan LeLièvre

Impossible de le nier : il est de son temps. Antony Carle se définit d’abord et avant tout comme un auteur-compositeur-interprète déterminé. À cela, on pourrait sans conteste ajouter : engagé, sensible, captivant et articulé. Bref, il suscite la curiosité. Sur son premier microalbum The Moment, il nous propose des textes qui portent sur la réussite. Comme si l’album représentait un parcours métaphorique qui veut mener l’auditeur vers la réussite, chacune des pièces, selon leur créateur, nous en rapproche un peu plus. Ce faisant, il relate l’expérience queer, mais « tout le monde est invité », précise-t-il. Par ailleurs, geste volontaire ou coïncidence peu anodine, The Moment sort un 17 mai, soit en pleine Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Sur le microalbum, Antony Carle choisit d'ailleurs de ponctuer ses chansons d’extraits de déclarations discriminatoires envers les membres de la communauté LGBTQ+.

Curieusement, si Antony est de son temps, autant les sonorités musicales sont modernes, électros et éclectiques, et autant elles évoquent de façon très claire la pop américaine aux couleurs R’n’B des années 90 (plus électro que Boyz II Men, moins commercial que Mariah Carey). But You, Everybody Is en est un bon exemple. Tout trentenaire qui a grandi dans les années 90 se retrouvera immédiatement transporté dans son l’adolescence, à l'écoute de cette album qui porte la marque du jeune spécialiste de l'électro, CRi.

Plus jeune, Antony Carle chantait à l’église. Aujourd’hui, l’artiste traite d’individualité, d’argent, de pauvreté, du couple, du rêve, de colère, d’ambition et d’identité, tout cela de la perspective d’un artiste LGBTQ+ assumé et candide. Ces thèmes, il ne les a pas choisis. « Ce sont plutôt eux qui m’ont choisi puisqu’ils font ou ont fait partie de ma vie. [...] The Moment est né de mon désir de créer une œuvre qui m’est propre et qui reflète le temps dans lequel je me trouve. [...] Je voulais [qu’on] découvre l’artiste que je suis et que mes idées soient exprimées clairement. »

Des archives drôlement d'actualité

Des extraits d'archives parsemés ici et là dans les compositions du jeune artiste font état de propos que l’on entend encore circuler dans la société moderne. Certains d'entre eux sont même difficiles à entendre. À la fin de Narrative, par exemple, on entend : « Dans tout excès, il y a une erreur; aujourd’hui, la mode, ce sont les gais. [...] On est envahis de gais. » Manifesto se conclut quant à elle avec ce qui semble être une intervieweuse en train de poser à une personne trans une question portant sur ses organes génitaux. Puis, par-dessus les dernières notes de Save Face, on entend une femme qui tient (en anglais) à peu près ces propos : « Tant qu’ils font leur travail et qu’ils ne sortent pas du placard de façon à m’imposer leur homosexualité, ou qu’ils n’imposent pas leur homosexualité dans un milieu d’affaires ou dans les écoles, ils sont libres de vivre leur vie ». D’ailleurs, le vidéoclip qui accompagne cette chanson, très évocateur, se fait critique d’une perception de la masculinité que plusieurs qualifient aujourd’hui de toxique.

Les archives audio entendues sur The Moment peuvent nous sembler comme si elles venaient d’une autre époque, mais elles trouvent malheureusement encore à ce jour écho chez certaines personnes. Mais elles nous rappellent que des membres de la communauté LGBTQ+ subissent ce genre d'agression verbale au quotidien. Heureusement, ici, ces déclarations dommageables sont juxtaposées avec le thème plutôt optimiste qui a servi de fil conducteur à Antony Carle, soit la réussite, comme on l’a évoqué plus tôt. Tout ça nous sert de rappel : l’identité LGBTQ+ ne doit pas être un obstacle. « Les membres de la communauté LGBTQ+ sont les plus belles créatures du monde, et nous nous devons de continuer à [nous] célébrer entre nous. Avec ce petit album, je contribue à ma façon à la résistance moderne et représente une voix de plus qui s’élève contre toute cette discrimination, et j’en suis très fier », affirme Antony Carle.

Une naissance spontanée, mais significative

J’étais dans un after-party, on était une dizaine dans un lit à parler (crier) et écouter des mix sur SoundCloud. Mon ami Amine a coupé la musique pour nous montrer le discours iconique de Sylvia Rivera au Liberation Day Rally [de 1973 à New York] et ça a été mon moment fort de la soirée. Je me suis ensuite posé beaucoup de questions en lien avec l’histoire de ma communauté, à l’évolution de ses droits et aux privilèges dont certains d’entre nous bénéficient, et ça m’a donné envie d’écrire. Le climat social et politique actuel est dark et angoissant et je ne pouvais que m’en inspirer.

- Antony Carle

Les aspirations du créateur

Antony Carle espère avoir « plusieurs occasions de charmer [son] public et d’apprendre à le connaître » grâce à ce premier microalbum. Avec The Moment désormais en poche, il veut « continuer de créer, d’accepter le plus de propositions possible et de boire beaucoup d’eau avant qu’il n’y en ait plus ». On constate ici l’engagement du jeune artiste, et ce, à plusieurs niveaux.

Si The Moment nous propose surtout des textes en anglais, Antony Carle ne ferme pas la porte à composer dans la langue de Molière, lui qui nous a d’ailleurs fait parvenir les réponses à nos questions par écrit dans un français quasi impeccable. « Si ça feel right, why not? » dit-il.