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« Les remarquables sillonnés » : Lyse Poirier chante Michel Legrand, un bonheur fortuit

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Par
Nathan LeLièvre

Les amoureux de la chanson connaissent le répertoire de Michel Legrand. Les parapluies de Cherbourg, Un parfum de fin du monde, Les moulins de mon cœur et Yentl en sont des pièces bien connues. Ce disque risque toutefois d’en surprendre plus d’un! Cette nouvelle entrée à la rubrique des « Remarquables sillonnés » (ces raretés sur vinyle que l’on trouve quasi uniquement dans les archives musicales de Radio-Canada) nous révèle une douzaine de trésors de Michel Legrand enregistrés exclusivement par l’une de nos collègues désormais à la retraite, Lyse Poirier (devenue Lise Bonenfant).

Du grand Legrand… méconnu!

Le répertoire de Legrand interprété par Lyse Poirier est constitué de chansons inédites. Il n’en demeure pas moins qu’on a affaire à du beau et du majestueux Legrand. Fidèle à ses habitudes, le grand mélodiste navigue habilement entre le jazz (Ton absence, Les rosières) et la chanson (Auprès de lui, Ô ma terre de France), se tenant aussi souvent à cheval entre les deux (Clair de brume). Les textes, quant à eux, sont signés par Francis Lemarque et Claude Parent, deux collaborateurs habituels de Michel Legrand.

La différence, c’est la voix. Cette jolie voix à la fois grave et légère n’est pas – ou à tout le moins, n’est plus – connue du grand public. Si vous êtes de l’Est-du-Québec, elle vous est tout de même familière : Lyse Poirier (Lise Bonenfant) a été chroniqueuse culturelle et animatrice (notamment à ICI Musique) à Rimouski. Mais ici, elle revêt le chapeau de chanteuse et met son instrument au service des mélodies du grand Legrand.

L’écoute de cet album datant de 1967 est une proposition de notre musicothécaire, Nicolas Martin. Il l’a découvert par hasard lors du décès de Michel Legrand en janvier dernier. C’est la réalisatrice Sylvie Pineau, de la station de Rimouski, qui le cherchait. Elle se souvenait que sa collègue Lise Bonefant avait endisqué des raretés de Michel Legrand.

Alors comment se fait-il qu’une chanteuse, demeurée relativement méconnue, ait endisqué 12 chansons inédites de Michel Legrand en 1967? Nous l’avons jointe par téléphone et elle nous a raconté que, parfois, le hasard fait bien les choses…

« Un coup de chance »

Quand Lyse Poirier a commencé à chanter – elle a surtout étudié le piano, puis a suivi une formation sommaire en pose de voix –, elle pigeait dans les répertoires existants, dont celui de Michel Legrand. Un soir, invitée à l’émission Les beaux dimanches, sous la houlette du directeur musical Paul de Margerie, elle a emprunté trois chansons au répertoire de Michel Legrand. Par un heureux hasard, ce dernier se trouvait au Québec et a été charmé par sa prestation. Autre heureux hasard : Michel Legrand travaillait souvent avec Paul de Margerie. Il lui a donc demandé s’il pensait que Lyse s’intéresserait à des chansons inédites de son répertoire. Il a même précisé que, si la sélection ne convenait pas, il en avait d’autres à lui proposer.

Le directeur musical a donc agi à titre de messager et a fait suivre l’offre à Lyse. Elle se souvient d’avoir dit à Paul : « Tu me fais marcher! » Lyse était incrédule : « C’était presque incroyable. Je ne savais pas ce qui m’arrivait. Je tombais des nues. » C’était, pour elle, une offre complètement inespérée. « Je suis contente. Legrand n’a pas beaucoup écrit pour des gens qui ne sont pas des vedettes. C’étaient en fait des chansons qui n’étaient pas des "tounettes", ce sont des mélodies et des paroles exceptionnelles, et qui me sont tombées dans les mains! » Aux dires de Lyse, pour n’importe quel interprète, recevoir des chansons en cadeau de Michel Legrand, ça laisse nécessairement « bouche bée en si bémol! », explique-t-elle en rigolant.

Lorsque la compagnie de disques Sélect et son directeur artistique, John Damant, ont approché Lyse pour savoir si elle voulait enregistrer un album, le choix était évident. L’album s’est enregistré rue Guy, au centre-ville de Montréal. Avec, entre autres, Nick Ayoub au saxophone, Marcel Lévesque à la trompette, Richard Ring à la guitare et Roland Desjardins à la contrebasse, « Sélect [avait] vraiment mis le paquet », se rappelle Lyse Poirier.

L’album s’est écoulé à quelque 10 000 exemplaires à l’époque, une fierté pour Lyse Poirier, qui juge que ses chansons n’étaient pas à la mode à ce moment. « [En spectacle], je me trouvais dans les loges avec Michèle Richard et ces gens-là. On n’était pas sur la même longueur d’onde », se souvient-elle.

Une brève carrière

Après l’enregistrement des pièces de Legrand, Lyse passera de Sélect à Polydor pour enregistrer un autre 45 tours très différent de celui avec les chansons de Legrand. En 1970, le mari de Lyse est appelé à déménager au Maroc pour le travail. Elle le suit. Au retour, comme ils avaient un fils, il lui est impossible de continuer le voyagement entre l’Est-du-Québec et Montréal : « Ce n’était pas une vie. » Elle n’a même plus touché au piano. La coupure, croit-elle, était nécessaire pour éviter d’être trop peinée. Une autre vie l’attendait plutôt, celle de journaliste et animatrice à Radio-Canada. Elle ne l’a même pas cherchée. On l’a invitée à passer une audition et le reste relève maintenant de l’histoire.

La rencontre de Legrand

Lyse a croisé Michel Legrand en personne une première et une dernière fois, il y a une dizaine d’années, dans le rôle de journaliste culturelle. Elle l’a interviewé au Festivent. Après l’entretien, elle lui a rappelé l’existence de l’album et il lui a avoué qu’il aimerait bien en avoir un exemplaire. Un ami de Lyse qui en avait conservé un, bien intact, s’est fait un plaisir de l’offrir à Michel Legrand.

La mort de Legrand a laissé un vide dans la vie de l’interprète, même si les souvenirs de cette autre vie sont lointains. « J’avais l’impression qu’une partie de lui m’avait appartenu un grand bout de temps puis tout d’un coup, ça m’échappait. Ça m’a fait tout drôle. [...] J’avais l’impression qu’une partie de moi me quittait en même temps que lui. [...] Quand je vais retourner à Paris, je vais aller sur sa tombe, c’est certain. »

Si sa carrière de chanteuse a été brève, Lyse a tout de même fait quelques privilégiés par la suite. Nos collègues de l’Est-du-Québec qui l’ont connue comme chroniqueuse et animatrice ont aussi eu le plaisir de l’entendre chanter quelques pièces lors de partys de Noël, accompagnée par son mari saxophoniste. Nous ne nous en cacherons pas : nous les envions, les chanceux.

Grande chanson française

Ces chansons et interprètes ont fait l'histoire et marqué profondément le public des deux côtés de l'Atlantique. On ne s'en lasse pas, de ces émotions brutes, mélodies grandioses et rimes savoureuses de sons et de sens. Faites un voyage dans le temps, au cœur de ce remarquable répertoire.

Léo Ferré, Juliette Gréco, Édith Piaf, Jacques Brel, Georges Brassens, Barbara, Serge Reggiani, Georges Moustaki, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, etc.

Cette liste d'écoute aléatoire et gratuite a été préparée avec soin par notre équipe.