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Trio Gryphon : un Beethoven fier, digne et passionné

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Frédéric Cardin

L’excellent (et canadien) Trio Gryphon, qui fête en 2019 son 25e anniversaire d’existence, propose un nouvel album, toujours sous étiquette Analekta. Immortal and Beloved présente la musique de Beethoven ainsi qu’une pièce canadienne qui s’en inspire. Le baryton (canadien également) David John Pike se joint aux trois musiciens dans une partie du programme.

https://www.facebook.com/TheGryphonTrio/videos/664894340282825/

Le cœur du programme est le Trio, op. 97, « Archiduc », un monument beethovénien et musical en général qui a été enregistré moult fois. Avant d’y arriver, je veux tout de même vous parler du reste du programme constitué du cycle de lieder An die ferne Geliebte (À la bien-aimée lointaine), pour baryton et piano.

Il s’agit de six lieder qui témoignent du malaise d’un poète à se trouver dans le même lieu qu’une bien-aimée secrètement convoitée. C’est la première œuvre du genre, et elle pavera la voie aux fabuleux cycles de Schubert qui viendront peu après (La belle meunière, Le voyage d’hiver, etc.).

La compétition ne manque pas pour David John Pike. Parmi les interprétations préférées que je retiens et qui m’ont marqué depuis les années 2000, il y a celles de Christian Gerhaher et de Matthias Goerne, phares de perfection et de tempérament adéquat. Pike, ici, il faut le dire, prend sa place dans un firmament bien occupé. Son timbre profond est juste assez sombre pour évoquer la distanciation émotive qui illustre le désir du poète de s’isoler et de bloquer la douleur de côtoyer un amour perçu comme inatteignable.

Avant le trio Archiduc, une composition canadienne dans l’esprit de la pièce An die ferne Geliebte agit comme transition. Intitulée Briefe an die unsterbliche Geliebte (Letters to the Immortal Beloved), elle a été écrite en 2012 par James Wright et se marie très bien thématiquement (le titre est révélateur!) et harmoniquement à l’univers de Beethoven. Aucune mauvaise surprise pour ceux qui craignent la musique d’aujourd’hui.

Écoutez mon collègue Frédéric Lambert parler de cet album et de quelques anecdotes entourant les compositions à l’émission Médium large du 18 janvier 2019

Puis vient enfin le Trio avec piano no 7 en si bémol majeur, op. 97, « Archiduc », un chef-d’œuvre magistral. Dédiée à un jeune homme que Beethoven respectait, le jeune Rodolphe d’Autriche, douzième enfant de l’empereur Léopold II, cette pièce est teintée de révérence, mais aussi d’intimité. Le discours témoigne d’une élégance naturelle empreinte de force et de conviction. Beethoven n’a jamais été homme à s’agenouiller devant le moindre prince. On sent donc ici l’expression d’une confiance qui clame au monde sa dignité et sa grandeur, malgré l’absence de titre de noblesse du compositeur. En même temps, pas de signe de révolte ou de colère antiaristocratique.

C'est une œuvre consciente de sa valeur et de celle de son auteur, adressée sobrement à un égal respecté.

Ici encore, la compétition est féroce. Pour ma part, je soulignerais aussi une interprétation assez récente à écouter absolument, celle d’Isabelle Faust, Jean-Guihen Queyras et Alexander Melnikov chez Harmonia Mundi.

Mais force est d’admettre que le Trio Gryphon, en tant que meilleur ensemble du genre au Canada (à mon avis), défend très bien les couleurs de l’unifolié culturel. Les échanges entre musiciens sont traités comme une conversation naturelle et agréablement fluide. Au plan technique, rien à redire. Chapeau à Un ajout appréciable à la discographie beethovénienne!

Membres du Trio Gryphon (tous présents depuis la fondation de l’ensemble!) :

Annalee Patipatanakoon (violon)

Roman Borys (cvioloncelle)

Jamie Parker (piano)

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