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Des opéras revisités, lesbiens et féministes : Carmen contre-attaque
Par
François Lemay

Date de publication

12 janv. 2018

Genre

« Dans une société marquée par le meurtre de femmes, comment applaudir la mort de l’une d’entre elles? »

C’est la question qu’a posée Cristiano Chiarot, directeur du Teatro del Maggio, à Leo Muscato, qui signe la mise en scène de l’opéra Carmen, présenté ces jours-ci à au théâtre Maggio Musicale Fiorentino.

C’est que, dans la version originale, le personnage de Carmen meurt assassiné par son amoureux éconduit, Don José qui, fou de désespoir et de jalousie, la poignarde à mort. C’est violent et, surtout, tragique, mais c’est comme ça : si Don José ne peut avoir Carmen, personne ne l’aura.

(Le final original de Carmen, tel que présenté au Metropolitan Opera en 2009)

Ce final, dans le contexte actuel du mot-clic #moiaussi, dérange au point où l’on a décidé de le changer. Dans cette version, c’est Carmen qui assassine Don José, ce qui transforme, du coup, une tragédie amoureuse en histoire d’amour qui se termine mal. Ajoutons que ni le texte ni la musique n’ont été modifiés, seulement le geste. Dans ce contexte, Muscato est-il coupable de révisionnisme artistique, comme certains l’accusent, ou ne fait-il que présenter une lecture différente de l’œuvre de Bizet?

Qu’est-ce que le révisionnisme?

D’emblée, le mot est fort connoté. Associé généralement à l’histoire, le révisionnisme est une démarche critique qui consiste à réviser certaines opinions, doctrines et théories couramment admises eu égard à des faits nouveaux. Par exemple, pour ce qui est de Carmen, ceux-ci sont que ce qui était acceptable quant aux violences (sexuelles ou autres) subies par les femmes ne l’est plus.

D’ailleurs, Caroline Gélinas, mezzo-soprano et Révélation Radio-Canada en musique classique 2017-2018, tiendra bientôt le rôle de Siébel, dans l’opéra Faust, qui sera présenté en février à Saguenay. Or, il s’agit bel et bien d’un personnage masculin, qui sera joué par une femme en tant que femme au caractère masculin. Il n’est pas question de faire semblant ici, mais d’affirmer dans la mise en scène qu’il est question d’une femme qui aime les femmes. Je lui ai demandé son avis sur ce changement de final dans Carmen.

Selon elle, on peut parler d’une certaine forme de révisionnisme dans le cas qui nous intéresse, puisque cela change carrément l’histoire qui est racontée. Si Carmen survit, ce n’est donc plus une tragédie.

Toutefois, Caroline Gélinas ajoute que Carmen est une femme forte et que cette fin peut sembler quand même plausible. Et si la chanteuse se demande s’il est nécessaire d’absolument tout changer pour la cause des femmes, elle affirme que, malgré tout, ce n’est pas une mauvaise idée de faire réagir les gens. Cela génère une discussion dans le milieu de la musique classique, un milieu qui n’aime pas beaucoup le changement.

Autrement dit, c’est plus complexe que cela en l’air et, surtout, c’est moins grave que certains chroniqueurs peuvent le croire, d’autant plus qu’il ne s’agît pas ici de modifier le final pour toujours, en effaçant l’original.

Et si c’était seulement de la maladresse?

Il arrive parfois que les metteurs en scène ne prennent pas les meilleures décisions, même si elles leur semblent bonnes. En 2012, par exemple, le metteur en scène français Olivier Py a fait se relever Carmen après son assassinat, comme si elle ressuscitait. Ce Carmen aussi avait dérangé pour son côté provocateur.

Pour ce qui est de celui de Muscato, ce qui dérange n’est pas la tentative de modernisation, mais plutôt le changement radical que provoque ce final revisité, qui semble un tantinet teinté par un côté bien-pensant au goût du jour. D’autres solutions auraient pu être envisagées : une Carmen transgenre ou lesbienne, par exemple, aurait pu être aussi porteuse sans transposer la nature narrative de cette histoire.

On a affaire ici à une fausse bonne idée qui aurait pu être intéressante si elle n’avait pas servi qu’à édulcorer une tragédie. Et, finalement, personne n’en mourra, sauf Don José, pour la première fois!

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