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Fin de la neutralité Internet : bouleverser le marché musical... pour le pire
Par
François Lemay

Date de publication

21 déc. 2017

Le 15 décembre dernier, la FCC (Federal Communications Commission, l’équivalent du CRTC, aux États-Unis) a décidé de modifier en profondeur l’ensemble des règles qui encadrent l’accès à Internet. Si cela ne concerne, pour l’instant, que les Américains, cette décision pourrait provoquer une série de bouleversements qui toucheraient l’ensemble de la planète. Malheureusement, le monde de la musique n’y échappera pas.

Voici pourquoi, et comment.

C’est quoi ça, la neutralité Internet?

La neutralité Internet est un principe qui, avant d’être encadré par une règle claire par l’administration de Barack Obama en 2015, était respecté à l’amiable par les fournisseurs d’accès Internet (FAI) aux États-Unis. Ce principe veut que les FAI fournissent à leurs clients un accès à tous les sites Internet, sans pouvoir faire de discrimination sur le contenu consulté. Par exemple, un FAI ne peut ralentir volontairement l’accès à un site concurrent ou créer des forfaits d’abonnements en fonction des pages visitées.

De plus, il est interdit de mettre en place des ententes entre les FAI et des services afin que ceux-ci soient privilégiés. Concrètement, Apple ne pourrait payer les FAI américains pour que ceux-ci ralentissent l’accès à un concurrent comme Spotify, tout en garantissant une vitesse plus rapide à ceux qui utilisent le service Apple Music.

On a d’ailleurs eu un exemple de ce genre, ici au Canada, lorsque le FAI Vidéotron a offert à certains de ses abonnés cellulaires un accès illimité et gratuit à certains services d’écoute de musique en continu. Le CRTC a décrété que cette offre allait à l’encontre du principe de la neutralité Internet, puisqu’il n’était pas offert à tous les abonnés et qu’il ne permettait pas d’accéder à tous les services d’écoute en continu qui existent sur le marché.

De leur côté, les FAI américains arguent qu’il coûte de plus en plus cher de maintenir et d’améliorer la qualité de leur réseau, et que ces règles empêchent l’innovation et la libre concurrence. Ce dernier argument serait recevable dans la mesure où il serait possible, pour la majorité des Américains, d’avoir accès à plusieurs FAI, ce qui n’est pas le cas, puisque près de 50 % des foyers américains n’ont accès qu’à un fournisseur capable d’offrir un service considéré comme étant de la haute vitesse.

De plus, les FAI ont l’oreille du président actuel de la FCC, Ajit Pai, un ancien conseiller général associé à Verizon, un des plus gros câblodistributeurs et FAI américain.

Mais, qu’est-ce que ça change pour l’industrie musicale?

Pas grand-chose à court terme. C’est lorsque l’on pense à moyen et à long terme que cela devient inquiétant.

Si l’on n’a pas encore les données pour 2017, on sait que, depuis plusieurs années, le marché musical effectue une migration du monde physique vers le numérique. En 2016, l’industrie musicale a tiré 50 % de ses revenus du marché numérique, à hauteur de près de 8 milliards de dollars. De ces 8 milliards, 59 % proviennent de l’écoute en direct (streaming).

Or, ce changement de mentalité ne s’est pas fait en quelques semaines. Cela a pris plusieurs années à l’industrie musicale avant de comprendre la nature de cette transformation du marché, et plusieurs essais et erreurs avant de commencer à trouver un semblant de piste de solution. Et même là, rien ne dit que le modèle actuel, qui est injuste pour les créateurs, va perdurer.

Pour en arriver à trouver des solutions, il ne faut pas avoir peur d’innover et de bousculer l’ordre établi, ce que les grosses compagnies n’aiment pas trop faire. Elles préfèrent la stabilité au risque, et les innovations proviennent, généralement, de petites entreprises en démarrage qui finissent soit par devenir elles-mêmes des géantes, soit par être achetées.

Spotify, développé en Suède à partir de 2006 avant d’être lancé en 2008, en est le parfait exemple. Dans un monde où n’aurait pas existé le principe de neutralité Internet, il aurait été facile, pour un géant comme Apple, de tuer Spotify dans l’œuf en négociant directement avec les FAI américaines afin de ralentir, ou de carrément empêcher que les internautes américains y aient accès.

Bien entendu, le reste du monde aurait pu profiter d’un accès à Spotify. Mais dans un marché culturel mondial contrôlé en grande partie par des intérêts américains, dans lequel il est déjà difficile de négocier des droits de diffusion planétaires, une telle déréglementation désavantage grandement les nouveaux venus qui n’ont pas les moyens de payer pour maintenir leur présence auprès des clients américains. Cela donne un avantage concurrentiel presque impossible à surmonter aux entreprises qui sont déjà en position de force.

Y a-t-il de l’espoir?

Au moment d’écrire ces lignes, il reste encore une mince lueur d’espoir. Les démocrates qui siègent au Congrès américain vont tenter d’infirmer la décision du FCC, mais leurs chances de réussir sont faibles, puisqu’il faudrait que quelques républicains décident de voter en ce sens. Le projet de loi devrait, par la suite, être approuvé par le Sénat et le président Trump avant d'entrer en vigueur.

Il y a loin de la coupe aux lèvres!

Sur ce, je vous souhaite un très joyeux temps des Fêtes, nous nous retrouverons en 2018!

(Oui, c’est un choix ironique comme pièce de Noël ☺)

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