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Le talent musical, en as-tu vraiment besoin?
Par
François Lemay

Date de publication

15 sept. 2017

Plus besoin de perdre son temps à auditionner des élèves pour le conservatoire! Indiana Wollman, une chercheuse de l’Université McGill, a récemment démontré qu’il était possible de prédire, à l’aide d’un examen de TDM du cerveau, qui, de certains élèves, auraient plus de facilité à apprendre à jouer du violoncelle. C’est ce que j’ai appris en lisant le texte de Dominique Forget, Êtes-vous né pour la musique?, publié en marge d’un reportage sur ce sujet présenté à l’émission Découverte le 17 septembre.

Rassurez-vous, ni la chercheuse ni Dominique Forget n’arrivent à cette conclusion, à savoir que le la capacité d’une personne à devenir un bon musicien est déterminable par un examen de TDM du cerveau. Ce n’est qu’un outil de plus afin de mieux comprendre comment le cerveau gère la musique, mais cela m’a donné envie d'entamer une petite réflexion sur ce qu’était le talent, en musique.

C’est quoi, le talent?
Selon le Petit Robert, un talent est une « une disposition, naturelle ou acquise, pour réussir en quelque chose ». Autrement dit, un individu talentueux apprend mieux, et plus vite. Donc, on peut présumer qu’à travail égal, une personne talentueuse maîtrisera plus rapidement son instrument. Ce qui lui laisserait du temps, en théorie, pour être plus créatif, puisque le temps passé à apprendre les bases est plus court. Le musicien est donc, encore une fois théoriquement, plus libre puisqu’il dispose de plus temps pour faire de l’exploration. Parce qu’une fois que le cerveau est libéré de ces contraintes techniques, il devient apte à puiser à même d’autres expériences, ou dans sa sensibilité, pour exprimer quelque chose d’unique.

Le compositeur, pianiste et chef d’orchestre russe Sergei Rachmaninov en est un excellent exemple. Il était à la fois un compositeur et un interprète de talent, dont l’œuvre a traversé l’épreuve du temps. Et comme il est décédé en 1943, il est possible de l’entendre lui-même à l’interprétation.

À moins que l’objectif soit, simplement, d’avoir la meilleure technique au monde. Le rapport à la musique, dans ce cas, se rapproche plutôt de la performance sportive.

Le guitariste suédois Yngwie Malmsteen représente plutôt bien cette façon d’aborder l’interprétation et la composition.


Pourtant, l’histoire musicale regorge de créatrices et de créateurs musicaux qui ont su laisser leur trace sans qu’ils soient nécessairement les plus talentueux sur le plan purement musical. Sinon, il serait facile de déterminer, scientifiquement, qui est le plus susceptible de vendre le plus grand nombre d’albums et de billets de spectacles, par exemple.

La musique, c’est plus que la reproduction de notes à l’aide d’un instrument
Cela m'amène à cette question : le talent à reproduire des notes sur un instrument est-il le seul nécessaire pour être en mesure de s’exprimer en musique? Si c’était le cas, les discothèques ne seraient remplies que d’albums mettant en vedette des interprètes qui ont été de jeunes prodiges, comme on en voit tant sur YouTube.


Et certains musiciens n’auraient jamais pu faire carrière. Grâce aux musiques populaires issues des traditions plus folkloriques, comme le folk ou le country, par exemple, certaines carences musicales peuvent être compensées par un talent scénique (pensez à Madonna, qui est plus une « performeuse » qu’une musicienne) ou d’écriture littéraire (Leonard Cohen, par exemple). Sinon, Woody Guthrie, qui a jeté les bases de la musique folk moderne durant les années 40, n’aurait jamais pu enregistrer ses chansons.


Un autre cas intéressant est celui du musicien britannique Roger Waters, ex-membre du groupe Pink Floyd, à qui l'on doit des albums comme The Wall. Paru en 1979, il est considéré par de nombreuses personnes comme un des disques importants de l’histoire du rock.

Écoutez l’émission spéciale d’Après-nous le déluge portant sur The Wall

La légende urbaine veut que Waters, qui est chanteur et dont le premier instrument est la basse, souffrait d’amusie lors de ses débuts musicaux, ce qui le rendait incapable d’accorder son instrument ou de chanter juste. L’amusie est une anomalie dans laquelle le rythme, la mélodie, les accords n’ont pas de sens pour la personne qui en est atteinte. La chercheuse Isabelle Peretz, du Brams (Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son), a d’ailleurs créé un test en ligne qui permet de tester son oreille musicale.

Bien évidemment, contrairement à ce que ses collègues disaient à Roger Waters alors qu’ils le traitaient de «  tone deaf  » pour se moquer de lui, il est impossible à quiconque souffrant d’amusie d’écrire de la musique et de la présenter sur scène dans le contexte de spectacles à grand déploiement. Si le principal intéressé se défend d’être atteint de cette condition, il n’en demeure pas moins que, pour certains, Roger Waters n’est pas ce que l’on pourrait appeler un virtuose musical. Mais, il a su faire de certaines faiblesses des qualités et compenser ce manque.

Il va de soi que « faire de la musique » ne représente pas la même chose pour tous les musiciens. Et si tout le monde n’a pas, justement, le talent pour devenir premier violon dans l’Orchestre symphonique de Montréal, il ne faut pas oublier qu’on aura toujours besoin d’un gratteux de guitare ou d’une pianiste qui joue à l’oreille pour les fêtes de famille.

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