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La SMCQ a 50 ans : découvrez son fondateur visionnaire, Pierre Mercure
Par
Frédéric Cardin

Date de publication

07 janv. 2017

Genre

À l'occasion du 50e anniversaire de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), voici un dossier spécial accompagné de nombreux documents exclusifs sur le fondateur de l'ensemble, Pierre Mercure, un créateur et visionnaire de génie.

Le 29 janvier 1966 mourait à 38 ans, dans un bête accident de voiture, le compositeur, réalisateur de la télé de Radio-Canada, semeur d’idées et bougie d’allumage de projets artistiques et intellectuels divers, Pierre Mercure. Il y a bien une salle de concert qui porte son nom aujourd’hui, mais que sait-on de plus de cet homme trop vite disparu?

ICIMusique.ca vous propose de découvrir toute la richesse et l’étendue de l’héritage créatif et intellectuel que Mercure a laissé au Québec. Des vidéos d’archives inédites, des documents sonores ressuscités des voûtes de Radio-Canada, des photos récupérées du Fond d’archive Pierre Mercure conservé à Bibliothèque et archives nationales du Québec (que nous remercions), puis des témoignages sur l’homme et son œuvre.

Mais surtout, des portraits qui vous aideront à mieux apprécier l’artiste via trois facettes de son action : Mercure le compositeur, Mercure le réalisateur télé et Mercure le semeur d’idées. Préparez-vous : nous ouvrons maintenant la porte sur un univers foisonnant d’originalité…


Le compositeur

La vie de Pierre Mercure en est une aux facettes et aux défis multiples. Compositeur, réalisateur d’émissions télévisées, administrateur, les trois pôles de sa trop brève carrière semblent pourtant tous participer d’un seul et même élan créateur, d’un même impérieux besoin d’avancer, d’inventer, de bâtir.

Des formes géométriques colorées, par-dessus des portées avec des notes

Être au diapason de son temps. Si nous devions résumer en une seule maxime la quête créatrice et le fulgurant parcours de Pierre Mercure, ce sont bien ces mots-là que nous devrions employer. Son œuvre de compositeur est le reflet de cette perpétuelle préoccupation.

Les premières pièces de Pierre Mercure, Kaléidoscope (1948) et Pantomime (1949), écrites durant ses années de formation au Conservatoire de Musique de Montréal, témoignent d’emblée d’un savoir-faire étonnant, d’un sens aiguisé des couleurs et d’une vive inspiration. Déjà à cette époque, le jeune musicien participe à la création de plusieurs ballets modernes de la danseuse et artiste visuelle Françoise Sullivan, signataire de Refus global, en 1948. Le contact avec les auteurs de ce manifeste artistique marque à jamais la pensée de Pierre Mercure et fait naître chez lui une conscience aiguë des diverses formes de création de son temps.

Au terme de ses premiers séjours d’études plus ou moins concluants en France et aux États-Unis, il compose sa Cantate pour une joie (1955) sur des poèmes de son ami Gabriel Charpentier, première œuvre importante dans laquelle se déploie admirablement sa nature lyrique et dramatique. Divertissement (1957) et Triptyque (1959), pour orchestre, mettent un terme à la première phase créatrice de Mercure, une période encore marquée par l’emploi de la tonalité et par un langage néoclassique. Les années qui suivent signent un changement radical à cet égard.

Voyez Pierre Mercure diriger Cantate pour une joie à l'émission L'Heure du concert, à la télévision de Radio-Canada, le 15 mars 1956 :

Cantate pour une joie de Pierre Mercure

Parallèlement à son travail de réalisateur à la télévision de Radio-Canada, sa démarche de compositeur s’oriente désormais vers les formes les plus actuelles de l’art. Un second stage d’études en Europe, en 1957-58, le met en contact avec Pierre Schaeffer et son tout nouveau Groupe de recherches musicales (GRM), un centre de recherche et de création dans le domaine du son et des musiques électroacoustiques.

Au début des années 60, Mercure s’aventure ainsi dans les techniques de composition sur bande magnétique. S’ouvre alors à lui un tout nouveau monde sonore qui lui semble particulièrement bien adapté aux collaborations avec les milieux de la danse et de la sculpture contemporaines, qu’il affectionne particulièrement. Des œuvres électroacoustiques qui voient le jour, retenons surtout Incandescence (1961), musique d’une poésie indéniable qui apparaît comme la réalisation la plus artistiquement aboutie de Mercure dans ce domaine. Viennent ensuite Psaume pour abri et Tétrachromie, des œuvres mixtes pour bande et instruments traditionnels. Enfin, Lignes et points (1964) pour orchestre est une tentative de transposition aux instruments traditionnels des procédés et des sonorités propres à la musique électroacoustique.

Quelques mois avant sa mort tragique, en janvier 1966, Pierre Mercure travaille sur une pièce de musique de chambre intitulée H2O per Severino, une série d’improvisations pour instruments à vent, une œuvre à la forme ouverte, empreinte d’une fantaisie et d’une liberté nouvelles. Il a 38 ans et la promesse d’une vie devant lui.

Voyez le film La forme des choses de Jacques Giraldeau, produit par l'ONF en 1965. Oeuvre de Pierre Mercure, la trame sonore de ce court métrage documentaire est constituée entre autres de sons concrets enregistrés sur les flancs du Mont-Royal, lors du premier symposium de sculpture en Amérique du Nord, tenu à Montréal, à l'été 1964.

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Le réalisateur

Pierre Mercure a été l’un des grands réalisateurs de Radio-Canada. Il a réalisé des dizaines d'émissions de L’heure du concert, en plus de travailler sur des émissions de jazz et de variétés ainsi qu’à des projets pour les jeunes.

Wilfrid Pelletier à gauche, Pierre Mercure à droite

Cela dit, c’est L’heure du concert, animée par Henri Bergeron, qui reste en mémoire.

Le directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), Walter Boudreau, me racontait en entrevue :

Je me rappelle être assis, encore adolescent, chez moi à Sorel, et regarder L’heure du concert un dimanche soir à 20 h à Radio-Canada. Je voyais Pierre Boulez diriger l’Orchestre de Radio-Canada dans Le sacre du printemps de Stravinsky! Tout ça, sans aucune publicité! Moi, le ti-cul de milieu modeste, j’étais fasciné.

Exclusif : voici ce concert dirigé par Boulez ainsi qu'une entrevue qu'a réalisée Pierre Mercure avec lui.

Pierre Boulez dirige Le Sacre du printemps
Pierre Boulez interviewé par Pierre Mercure

Pierre Mercure a été un visionnaire qui utilisait le médium télévisuel comme personne d’autre.

Le réalisateur James Dormeyer, qui a longtemps travaillé à Radio-Canada lui-même à partir de 1968, me disait à propos de Mercure :

Il a utilisé ce médium comme un instrument créatif, et non comme un simple diffuseur d’une réalité se déroulant ailleurs, devant la caméra. Mercure créait une nouvelle réalité grâce aux possibilités de la vidéo et de la télévision. Il a fait de l’avant-garde avec ça, quelque chose qu’on ne voit plus aujourd’hui.

Pour M. Dormeyer, le plus bel exemple de cette vision créatrice est démontré dans l’opéra Toi de Murray Schafer, diffusé en février 1966 (quelques jours après la mort de Mercure dans un accident, le présentateur en parle en introduction de l’émission!) : un œil qui palpite ouvre la séquence. L’œil est en réalité le personnage principal de l’œuvre, qui est en fait la réalité perçue par cet œil.

L’émission se termine sur ce même œil, mais qui se ferme. La boucle est bouclée. Ironiquement, il semble également se fermer sur la carrière du grand artiste qu’était Mercure, mort quelques jours avant cette diffusion.

Lisez la lettre qu'a écrite James Dormeyer à propos de cette création de Mercure et Schafer.

 

Exclusif : l'opéra Toi de R. Murray Schafer créé lors de l'émission L'heure du concert du 3 février 1966. Cette émission était une réalisation de Pierre Mercure et a été numérisée spécialement pour ce dossier spécial. C'est la première fois en quelques 5 décennies qu'elle peut être revue.

Toi : opéra de Murray Schafer

 

Pierre Mercure et la danse

Mercure avait à cœur de réunir tous les arts. Il était un rassembleur de tous les types de créativité.

Préoccupé par la synthèse des arts, il cherche, dès son entrée à la télévision de Radio-Canada en 1952, à combiner le son, l’image, le mouvement, la forme et la couleur.

      Fernand Nault, chorégraphe

Il a écrit une musique interprétée par le jeune sculpteur Armand Vaillancourt, tapant sur ses créations d’objets métalliques, Structure métallique II. Mercure a aussi régulièrement inclus le théâtre dans ses œuvres et ses réalisations à la télévision. Il a aussi collaboré avec de nombreux artistes visuels, tels Jean-Paul Mousseau et Paul-Émile Borduas.

Toutefois, le langage artistique qui semble l’avoir le plus fasciné est certainement la danse. De 1948 à 1964, soit la majeure partie de la période créatrice de Mercure, celui-ci a écrit 11 musiques pour la danse, ce qui représente une importante portion de son corpus de compositions.

Il a écrit pour Ludmilla Chiriaeff, la directrice des Grands Ballets canadiens, Françoise Sullivan, peintre mais aussi chorégraphe, et surtout Françoise Riopelle,grande danseuse et chorégraphe d’avant-garde qui a été également la compagne de Mercure dans les dernières années de sa vie. Mercure intégrait souvent la danse dans ses productions télévisuelles à Radio-Canada, et le milieu lui a été reconnaissant :

Pierre était un homme d’une grande intensité et exigeant envers lui-même et les autres. C’est en relevant son défi que les Grands Ballets canadiens sont nés. Merci.

Ludmilla Chiriaeff, danseuse, fondatrice et directrice des Grands Ballets Canadiens de 1958 à 1974

Pierre Mercure a eu de l’audace, beaucoup d’audace. On a tout intérêt à mieux la connaître.

Le semeur d'idées

On a tout à gagner à avoir de l’audace

Pierre Mercure

Dans l’histoire du Québec, Pierre Mercure a une immense importance, qui va bien au-delà d’avoir laissé son nom à une salle de concert (la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau à Montréal). À l’occasion du 50e anniversaire de sa disparition, le site et la chaîne ICI Musique rendent hommage à un véritable pionnier, un homme visionnaire et un artiste rassembleur qui a voulu, tout au long de sa courte carrière, amener la musique, la danse, les arts visuels et le théâtre à dialoguer et à transformer la relation de chacun d’entre nous avec l’expression artistique.

Si Pierre Mercure a été un compositeur important, il a aussi été un réalisateur marquant de la télé de Radio-Canada et, surtout, un semeur d’idées dont les retombées se font encore bien sentir aujourd’hui.

Un premier festival de musique contemporaine

Du 3 au 8 août 1961 s’est tenue une Semaine internationale de musique actuelle organisée par Pierre Mercure. Imaginez qu’étaient réunis chez nous John Cage, Mauricio Kagel, Milton Babbitt, Gyorgi Ligeti, Luigi Nono, Krzysztof Penderecki, Karlheinz Stockhausen, Edgar Varèse, Morton Feldman et même Yoko Ono! Un choc pour le Québec de l’époque!

Entrevue de Pierre Mercure en 1961 à propos de la Semaine internationale de musique actuelle de Montréal :

 

Il n’y a pas eu de suite directe à cette semaine de brasse-camarade artistique, mais c’est quand même dans la foulée de cet événement que 5 ans plus tard naissait la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), un ensemble qui existe toujours aujourd’hui.

On ne peut pas mesurer ce que Pierre nous a laissé grâce à son travail et à sa vision. On ne peut pas mettre ça sur une balance. Il nous a livré un projet de société, et un projet de civilisation. C’est « inquantifiable », incontournable et incommensurable. Qu’il soit louangé à tout jamais.

En septembre 2016, la SMCQ fêtera son 50e anniversaire. Le premier concert de cette année festive verra la reconstitution d’une musique de ballet (commandée par les Grands Ballets Canadiens) que Mercure avait écrite pour instruments électroniques et acoustiques en 1963 : Tétrachromie. L’œuvre devait être donnée à l’occasion de l’ouverture de la Place des Arts, mais un conflit de travail avait forcé la direction à annuler la création. On l’avait oubliée depuis.

Bouillonnant d’idées

En 1961, la même année que la tenue de la Semaine internationale de musique actuelle, Pierre Mercure a élaboré un avant-projet de création d’un Centre des intellectuels du Canada français. Il souhaitait, avec cette initiative, faire rayonner et défendre la culture. Les membres (certains convoités, d’autres confirmés) constituaient un véritable « who’s who » du Québec créatif de l’époque : Claude Gauvreau, Jean-Paul Mousseau, Françoise Riopelle, Serge Garant, Guido Molinari, Armand Vaillancourt et plusieurs autres. Sur une note manuscrite de Mercure lui-même, le nom de Jacques Parizeau est écrit!

Le projet n’a finalement pas abouti. Mais cette volonté de rassembler les forces vives du Québec créatif et moderne (certainement hérité du texte Refus global, que Mercure avait bien lu, même s’il ne l’avait pas signé) dans une démarche holistique inédite a sans contredit participé à l’éveil spectaculaire d’un certain modèle culturel québécois.

Nous tous, collectivement, avons énormément gagné grâce à l’audace d’un homme nommé Pierre Mercure.

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