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Festival d’Aix-en-Provence : une heure avec le chef d’orchestre Teodor Currentzis 
Par
Sylvia L'Écuyer

Date de publication

23 oct. 2015

Genre

Il faut toutefois nuancer l’idée de reprise. Le directeur du festival, Bernard Foccroulle, a assisté avec le plus vif intérêt aux répétitions et témoigne dans ses carnets de l’intensité avec laquelle le travail de création a été revisité à Aix. Il n’hésite pas à dire de Peter Sellars qu’il est, de tous les metteurs en scène d’opéra qu’il connaît, celui qui a la plus intime et la plus profonde connaissance de la musique. De Teodor Currentzis, qui apporte volontiers des suggestions de mise en scène, il souligne la relation fusionnelle avec ses interprètes et l’approche spirituelle.

Si le travail de Peter Sellars est mieux connu chez nous, celui de Teodor Currentzis l’est beaucoup moins et on ne risque pas de le voir bientôt traverser l’Atlantique pour diriger un opéra ou un concert. C’est pourquoi j’étais très heureuse de pouvoir passer une heure en compagnie de cet homme de 43 ans qui se dit anarchiste, qui a horreur de voyager, qui travaille en autarcie avec son ensemble Musica Aeterna et les New Siberian Singers à l’Opéra de Perm aux frontières de l’Oural qu’il dirige depuis 2011, qui dit avoir horreur de diriger des concerts comme chef invité, et dont les enregistrements provoquent l’un après l’autre la stupéfaction accompagnée d’un torrent d’éloges ou de reproches.

Pendant la durée de son séjour à Aix, Currentzis a installé ses quartiers dans un vaste appartement au dernier étage d’un immeuble du 17e siècle. On a l’impression d’entrer dans une cathédrale. Devant le sofa, une très longue table basse couverte de partitions. Il me tend la copie du manuscrit du concerto de violon de Tchaïkovsky qu’il vient d’enregistrer avec la violoniste Patricia Kopatchinskaja. Une demi-heure plus tard, il va m’entraîner dans la pièce voisine où j’aurai le privilège d’entendre une version en cours de montage du deuxième mouvement du concerto qui me bouleverse.

La rencontre, qui se devait une entrevue formelle, s’est transformée en soliloque que je ne souhaitais pas interrompre. Quand je lui parle de la voix, il me dit qu’il ne s’intéresse pas à la technique de l’émission du son, mais à l’effet provoqué sur celui qui l’entend, un effet qui ne se définit pas en mots, mais en demi-teintes ou même en rêve. La voix idéale? Celle de la mère qui chante une berceuse à son enfant. Comment aborde-t-il une œuvre nouvelle? D’abord en étudiant très précisément ce que le compositeur a écrit, et puis en prenant ses distances jusqu’à ce qu’il se sente habitué au matériau musical. « Et puis, j’entreprends un voyage dans son univers. Je ne cherche pas à faire sortir la musique de la page, mais au contraire à y entrer. Le poète ou le musicien écrit le monde dans lequel il souhaite vivre, c’est un monde de sensations, de déjà vu. Et c’est à nous d’entrer dans la force gravitationnelle de ce monde, pour arriver à créer nous-mêmes cette musique de la même manière qu’elle a été composée. »

Il est difficile de ne pas être entraîné par la force gravitationnelle de l’univers que Teodor Currentzis s’est créé. Il contrôle rigoureusement son image, son look quasi gothique de la tête aux pieds, les conditions dans lesquelles il travaille. Il choisit également avec grand soin les artistes, chanteurs, musiciens, amis et collaborateurs avec lesquels il crée dans l’atmosphère de collégialité fervente et harmonieuse que j’ai trouvée chez lui à Aix. Il parle de spiritualité, se dit croyant mais pas religieux. La musique lui tient lieu de religion.

Dans une troisième pièce, il m’a fait découvrir un autre de ses jardins secrets, celui de la poésie qu’il écrit et calligraphie soigneusement en caractères grecs ou cyrilliques sur des papiers  artisanaux. Il en fabrique des livres dont chaque précieux exemplaire est unique et relié avec soin. L’un de ces livres avait, en troisième de couverture, un miroir rendu nécessaire pour lire le texte qui avait été calligraphié à l’envers. 

Je vous présente cette semaine la splendide production de l’opéra Iolanta jumelé à Perséphone, un grand moment d'émotion au festival d'Aix. J’ai aussi très hâte de vous faire entendre l’enregistrement de Don Giovanni qui sortira en février et qui a été réalisé à Perm l’automne dernier. Dans le rôle de Donna Elvira, Karina Gauvin, au sujet de laquelle Currentzis ne tarit pas d’éloges : « C’est la meilleure Elvira qui ait jamais existé! »

Crédit photo : Pascal Victor/Festival d'Aix-en-Provence

 

 

 

 

 

 

 

 

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