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Journée internationale de la Francophonie : une lettre de Zachary Richard
Par
Ariane Cipriani

Date de publication

20 mars 2015

Découvrez l'histoire la chanson Ma bataille de Anna Laura Edmiston, inspirée de la paroisse de Calcasieu en Louisiane.

Écoutez des extraits de l'album J'ai une chanson dans mon coeur.

Zachary Richard
Auteur-compositeur-interprète

Les plus belles choses arrivent souvent par surprise. L’album de chansons coécrites et interprétées par les élèves en immersion française, J’ai une chanson dans mon coeurest une de ces choses dont je me réjouis surtout parce que c'est arrivé à l’improviste.

Tout a commencé au Centre de la Francophonie des Amériques, organisme avec lequel je collabore depuis sa fondation pour faire fleurir la langue française en Amérique. Le Centre avait un projet d’écriture de chansons pour lequel Bertrand Gosselin (le Bertrand de Jim et Bertrand) se rendait dans les écoles de l’Ouest canadien pour composer des chansons avec les élèves. En me disant que c’était une superbe idée, j’ai tenté l’expérience moi-même dans une école de Lafayette, Myrtle Place. Elle a été suffisamment satisfaisante pour que je continue avec l’école de Cécilia, où j’ai composé Vive les vacances avec les enfants. Très enthousiaste à l'idée de continuer, j’ai été cependant bousculé dans ma vie d’errance et j’ai cherché un partenaire auquel je pouvais passer le flambeau. Une amie songwriter francophone, Anna Laura Edmiston, est venue à mon secours, et c’est elle qui a composé la plupart des chansons, ce qui a pris plusieurs années. Finalement, avec une dizaine de chansons dans notre sac, nous nous sommes dit que nous avions suffisamment de matière pour faire un album.

En avant la musique : la création de l’album

Avec une dizaine de chansons dans notre sac, nous nous sommes dit que nous avions suffisamment de matière pour faire un album. Alors a commencé le travail de production. Aidé par la crème de la communauté musicale louisianaise, j’ai commencé un travail aussi amusant qu’inspirant. Steve Riley, Roddie Romero, Graham Robinson, David Egan, Kevin Wimmer, Mike Napolitano, Aaron Thomas, David Rachou ont tous apporté leur talent et leurs cœurs à ce projet qui a été, pour nous tous, une question d’amour. Avec, à notre tête, le réalisateur C.C. Adcock, nous avons réussi à faire, avec peu de moyens, un travail aussi exceptionnel que touchant.

Ensuite, les enfants sont venus chanter. Rappelons que ce sont des jeunes de 10 à 12 ans, sans aucune expérience professionnelle. Vous pouvez constater le résultat par vous-même et imaginer l’enthousiasme que ces enfants ont apporté au projet. De voir l’étincelle dans leurs yeux chaque fois qu’ils rentraient en studio était pour moi la meilleure des récompenses. En plus du fait que tous les profits de la vente vont au Consortium des Programmes d'Immersion pour soutenir l'enseignement du français en Louisiane.

Cet album est la preuve de la vitalité de la communauté francophone de Louisiane, mais aussi un témoignage éloquent de l’importance de la musique pour notre petit îlot francophone. La musique a été et reste pour nous la gloire de notre culture. Les jeunes francophones de chez nous passent souvent par la musique avant d’arriver à la langue, ce qui était le cas, cher lecteur, de l’auteur de ce papier. La Journée de la Francophonie en Louisiane est d’abord une célébration de notre culture musicale. La musique est le pavillon qui flotte au-dessus de notre bastion. Elle est ce qu'il y a de plus efficace dans notre boîte à outils. Chez nous, on défend et on promeut le français à coups de chansons.

 Les multiples visages de la communauté francophone lousianaise

Il y a d’abord ceux et celles dont le français est la langue maternelle. Ce sont des gens assez âgés, et leur nombre continue à décroître de façon fulgurante. Mes grands-parents ont été de la dernière génération unilingue francophone. Bien que la langue maternelle de mes parents soit le français, ils parlent l’anglais couramment. Leur relation avec la langue française est complexe, et elle est façonnée par une  assimilation difficile.

Après la génération dont le français est la langue maternelle, il y a une deuxième génération de francophones qui est la mienne. Nous, les francophones de Louisiane « post-modernes », avons tous une relation professionnelle avec la francophonie, soit dans le domaine de l’éducation, soit dans le domaine culturel, comme moi. Depuis 1968, une communauté importante de francophones venue de partout, du Québec, d’Acadie, de France, de Belgique, d’Afrique et d’ailleurs, s’est installée en Louisiane grâce aux programmes du CODOFIL (Conseil pour le développement du français en Louisiane). Ce sont principalement des enseignants. Leur relation avec la communauté francophone native est très proche, et leur effet sur l’évolution du français en Louisiane est déterminant. Ce sont les enseignants internationaux qui ont le plus d’influence sur le dernier élément de notre communauté francophone : les élèves en immersion.

Aujourd’hui, il y a environ 4500 élèves dans les programmes d’immersion française qui sont établis dans plusieurs écoles publiques, surtout dans le sud de l’État. Ces élèves représentent l’élément le plus important de la francophonie louisianaise, car ils symbolisent l’avenir de la langue. Leur français est « internationalisé » par la force des choses. On peut déplorer que leur parler ait perdu quelques éléments du parler natif (accent, style de syntaxe et vocabulaire), mais je crois que ce point de vue est fondamentalement rétrograde. Le français en Louisiane doit évoluer, s’il veut continuer d’exister, et le français que parlent les élèves en immersion est inévitablement influencé par la nature internationale de l’enseignement. Ce n’est pas, pour moi, une bonne ou une mauvaise chose, c’est tout simplement l’évolution du français en Louisiane. La communauté francophone en Louisiane est riche et complexe, constituée de divers éléments qui comprennent des francophones natifs, des francophones venus d’ailleurs et de jeunes francophones élèves en immersion, qui sont en train de remodeler le français louisianais, selon ce qu'ils vivent.

La loi de 1916 : interdiction d’utiliser toute autre langue que l’anglais pour l’enseignement

À partir de 1916, le français cadien a subi une assimilation sévère, mais les jours où on était humilié pour avoir parlé le français à l’école sont terminés depuis longtemps. C’est ce qu’a vécu la génération de mes parents. La loi de 1916 a obligé tous les parents de Louisiane à envoyer leurs enfants à l’école en créant un système d’éducation publique. Les écoles, qui étaient des établissements anglophones, ont constitué une force d’assimilation considérable. Bien que la génération de mes parents ait subi une assimilation assez brutale entre les mains des enseignants de l’époque (pour la plupart des Acadiens de familles francophones, mais qui avaient eu accès à l’éducation, c’est à dire l’éducation en langue anglaise), ils ont gardé le français pour parler entre eux. La société acadienne du 20e siècle était caractérisée par plusieurs zones où le choix de la langue parlée était déterminé par un consensus naturel. Ainsi, dans ma famille, le français était la langue parlée quand un vieux était présent, c’est-à-dire un parent ou un grand-parent unilingues francophones. Dans d’autres situations, et surtout devant les institutions politiques, à l’école, à la banque ou dans les entreprises, l’anglais était, et reste toujours, la langue dominante.

Le français, aujourd’hui : un atout prestigieux

Partout en Louisiane, l’hégémonie de la langue anglaise est chose accomplie et acceptée. Le nombre de francophones de ma génération représente une infime minorité. Par contre, la notion d’infériorité qui caractérisait la communauté francophone de la génération de mes parents n’existe plus. Bien que le français ne soit parlé que par un petit nombre de gens, il est considéré comme un atout prestigieux. Très souvent, j’entends des gens se lamenter que leurs parents ne leur aient pas parlé en français et, donc, qu’ils ne l’aient jamais appris. La situation n’est pas sans une certaine ironie. La Deuxième Guerre mondiale a été un événement marquant. L’armée américaine était une force irrésistible d’assimilation. La majorité des hommes louisianais âgés de 18 et 35 ans se sont enrôlés. Beaucoup de jeunes soldats cadiens ont appris l’anglais à l’armée. À leur retour, influencés par cette expérience et face à la dévalorisation générale du français, ils ont élevé leurs enfants en anglais.

Aujourd’hui, le fait francophone est valorisé en Louisiane comme moteur économique. C'est lié principalement au tourisme, mais il y a une appréciation de la valeur du français qui dépasse maintenant le tourisme culturel. Je suis tout à fait d’accord avec la Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, quand elle dit qu’on doit doter la Francophonie d’outils économiques pour qu’elle s’épanouisse. Pour que le fait francophone puisse se maintenir en Louisiane, il faut qu’il soit perçu d’une façon positive, dans le sens économique. Le français ne doit plus être confiné au ghetto des vestiges culturels, mais il doit faire partie de la vie actuelle de la communauté à part entière.

Il ne faut pas concevoir le français comme une simple ressource touristique, mais comme un avantage économique dans tous les sens du terme, non pas comme une simple question culturelle, mais comme une question politique. Il y a une nouvelle génération de jeunes francophones, comme les députés Stephen Ortego, Jack Montoucet et le sénateur Eric Lafleur, qui comprennent bien le problème et qui luttent pour trouver de véritables solutions. Comme disait Mme Jean par rapport à la grande Francophonie, il faut donner à la francophonie louisianaise le moyen d’assurer son avenir économique.

Un allié de taille : la communauté francophone internationale

À sa création en 1968, le CODOFIL disposait un budget de 1 million de dollars. On a vu ce budget tomber à 150 000 $ en 2010, donc à 85 % de moins qu’à sa création. Durant les dernières années, il y a eu un renversement de situation. Le budget du CODOFIL était de 500 000 $ en 2014 et passera à 600 000 en 2015. Cela indique un changement important de la perception du français  et de sa valeur en Louisiane. Je crois que nous avons touché le creux de la vague et que nous sommes en train de la remonter. Il existe une confluence d’éléments sociaux et politiques qui est très prometteuse.

Un aspect important, voire primordial, de la réussite du français en Louisiane, c’est le rapport que nous avons avec la communauté francophone internationale. Tous les militants de ma génération ont eu une relation très importante avec le Québec. Je n’exagère pas quand je dis que, sans le Québec et son exemple, il n’y aurait pas eu la renaissance française qu’on connaît actuellement en Louisiane. Non seulement le Québec nous a-t-il inspirés avec la notion d’une nation francophone en Amérique du Nord, mais il a soutenu beaucoup d’artistes et créateurs louisianais, dont je suis peut-être le plus connu, mais loin d’être le seul. En nous donnant un forum dans lequel nous avons pu exprimer notre réalité francophone, le Québec a servi de tremplin, je dirais de parrain, à la francophonie louisianaise.

Il n’est pas nécessaire de souligner l’importance de notre relation avec l’Acadie, mais il faut comprendre que c’est un phénomène récent. Mes grands-parents savaient que nous étions des descendants d’exilés acadiens, mais aucun d’entre eux n’aurait pu trouver l’Acadie sur une carte. À partir de 1955, avec le bicentenaire de la Déportation et, surtout, depuis 1994 et le premier Congrès mondial acadien, les liens entre l’Acadie du Nord et l’Acadie tropicale se sont renforcés.

La France a été et reste le plus grand soutien de la francophonie en Louisiane sur le plan des investissements. Depuis 1968, la France a investi des sommes considérables dans l’enseignement du français en Louisiane. Son rôle est peut-être moins visible à cause de nos relations étroites avec les communautés francophones d’Amérique, mais il est tout aussi important si on considère le nombre de Français qui enseignent en Louisiane et les moyens que la France met à notre disposition. Je me dois également de saluer la Belgique, qui a été un partenaire important.

Nos enseignants arrivent de partout à travers la Francophonie, d’Afrique, d’Haïti, de Martinique aussi bien que de France et du Québec. Cela donne un visage très multicolore à notre francophonie et permet à la Louisiane de bénéficier de la participation de la Francophonie entière. Pour que le français perdure et se propage en Louisiane, il faut que deux conditions soient réunies : que les Louisianais soient conscients qu’ils appartiennent à une communauté internationale, unie par la langue française, et que la Francophonie n’oublie pas la Louisiane. Je n’ai jamais eu, depuis les 40 ans que je travaille dans le vignoble, autant d’espoir que ces deux conditions seront réalisées et que la Louisiane fera toujours partie de ce que Léopold Senghor appelait « cet humanisme qui se tisse autour de la terre ».

Zachary Richard

 

 

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